Histoire et Dévotion au Sacré-Cœur
Sacré-Cœur
Spiritualité & Patrimoine

Historique du
Sacré-Cœur
en France

Voici ce Cœur qui a tant aimé les hommes."

"Voici ce Cœur qui a tant aimé les hommes."

"La dévotion au Sacré Cœur en France prend son essor dans la France moderne (XVIIe siècle) autour des révélations de Paray le Monial, puis devient au XIXe XXe siècle un culte de masse, intimement lié aux crises nationales (Révolution, 1870, Grande Guerre) , à une culture catholique de réparation et de consécration nationale."

Aux Origines

Racines Médiévales et Spirituelles

Cependant la dévotion au Sacré Cœur en France ne naît pas avec Marguerite Marie à Pary le Monial, elle s’inscrit avant 1673 dans un long développement de la spiritualité du « cœur », qui s’affine au XVIIᵉ siècle chez l’École française (Bérulle, Condren, Jean Eudes) comme réponse, entre autres, aux tendances rigoristes qui culmineront dans le jansénisme, en mettant en avant l’amour et la miséricorde du Christ.

• Dès le Moyen Âge, La source lointaine est le coup de lance au côté du Christ, interprété comme révélation de son Cœur ouvert et de la grâce des sacrements, la contemplation du côté ouvert du Christ (Jn 19,34 : du côté ouvert jaillissent « le sang et l’eau »,) prépare la symbolique du Cœur transpercé, particulièrement chez les cisterciens et franciscains (Bernard, Bonaventure), où le Cœur exprime l’amour rédempteur et la compassion, interprétés comme les sacrements (baptême, Eucharistie) et comme le don plénier de l’Esprit, donc l’Église qui naît du Cœur ouvert du Christ.(4).

• Chez les mystiques médiévaux et leurs héritiers, la plaie du côté est vue comme « porte » ou « fenêtre » du Cœur : le Christ laisse voir son amour intérieur, et invite le croyant à entrer dans ce Cœur, à s’y réfugier, à s’unir à lui dans la compassion et la confiance.(1)

Abbaye Médiévale
Dans les Ordres Religieux

du XIII au XV siècles

Bernard de Clairvaux
Bernard de Clairvaux

• Du XIIIᵉ au XVe siècle, des pratiques explicites envers le Cœur de Jésus se développent dans divers ordres (Franciscains, Dominicains, Chartreux), avec des prières, images et méditations centrées sur le Cœur blessé comme source de grâces.

• Chez Bernard de Clairvaux et les cisterciens, le cœur est le lieu intérieur de l’union au Verbe, symbole de l’amour, du désir et de la capacité de l’âme à se laisser dilater par la charité. (2), le côté transpercé devient à la fois signe de douleur (la gravité du péché) et d’accès à la douceur de la miséricorde : la plaie ouvre l’entrée vers le sein de la miséricorde où l’âme « repose » et se laisse purifier. (2)

• Chez les Chartreux, la méditation de la Passion, des plaies et du Cœur sert d’axe à la vie contemplative ; on « entre » dans les plaies pour parvenir au Cœur, signe d’union intime au Christ. (7) Avec des lectures méditées de la Passion invitant à « se réfugier dans le côté ouvert », à « reposer dans le Cœur » du Christ, (Ludolphe le Chartreux). (8)

• La tradition Franciscaine est très affective : chez Bonaventure et dans la piété qui suit François d’Assise, la contemplation des plaies, du côté et du Cœur vise à susciter la compassion, l’imitation et un amour de réponse. (5), il montre un Cœur souffrant qui suscite la pitié et manifeste l’« amour suprême » du Christ, comme le note l’étude sur la mise en scène du cœur dans les livres religieux du XVe siècle. Un exemple typique tardif (mais issu de cette tradition) est l’image d’un grand cœur posé sur la croix, portant les instruments de la Passion et la plaie de la lance : le cœur « résume » la Passion, à la fois victime, autel et source de vie, et concentre visuellement l’attention du priant sur l’amour qui se donne. (1)

• Les Dominicains, engagés dans la prédication et la diffusion d’images, ils relaient ce registre affectif dans les sermons illustrés, les livres de dévotion et les confréries, où le Cœur ou le côté du Christ devient un motif catéchétique. (6)

Architecture gothique d'une abbaye cistercienne médiévale
Bonaventure
Avant 1673

un langage spirituel du « cœur »

Livre d'Heures
Livre d'Heures

• Sens théologique : Le Cœur blessé représente le Christ tout entier, mais vu du point de vue de son amour : la blessure montre combien il a aimé, et le cœur devient ainsi un résumé de la Passion, lisible immédiatement par le fidèle.(7) . La plaie du côté, associée à la sortie du sang et de l’eau, signifie que les sacrements et la vie de l’Église jaillissent du Cœur même du Christ ; s’y réfugier, c’est se placer à la source de la grâce.(9). En ce sens, ces prières, images et méditations des XIIIᵉ XVe siècles, dans les familles franciscaine, dominicaine et chartreuse, constituent déjà une véritable « dévotion au Cœur de Jésus », même si le vocabulaire de « Sacré Cœur » n’est pas encore fixé : le fidèle est invité à un cœur à cœur avec le Christ, à entrer dans son Cœur blessé comme dans la source des grâces et de la miséricorde.

• L’École française (Bérulle, puis Condren, Olier, etc.) insiste sur l’union au Christ « intérieur », à ses « états », à ses dispositions filiales, au point que le cœur à cœur avec Jésus devient un schéma majeur de vie chrétienne, préparant une focalisation plus explicite sur son Cœur.

• Images manuscrites : dans certains livres d’heures et livres de dévotion de la fin du Moyen Âge, le cœur devient littéralement le « support » de la Passion : cœur crucifié, cœur portant la plaie de la lance, entouré des instruments de la Passion, ou encore cœur d’où jaillissent sang et eau.(9) Un exemple très parlant est celui des Heures d’Anne de Mattefelon (vers 1440) : un grand cœur posé sur la croix, transpercé (plaie de la lance encore visible), avec l’Enfant Jésus tenant fouet et verges de la Passion, condense visuellement l’idée que le Cœur blessé est à la fois lieu du sacrifice et source de la Rédemption et des grâces. (Livre de dévotion destiné aux laïcs, le livre d’heures est apparu sous sa forme primitive au 13e siècle. Supplantant le psautier auprès des fidèles dans leur récitation quotidienne des prières, il connaît son apogée deux siècles plus tard et est traditionnellement présenté comme le "best seller" du Moyen Âge) (8)

Pierre de Bérulle
Pierre de Bérulle
puis

Jean Eudes, le Jansénisme »

Jean Eudes
Jean Eudes

Jean Eudes (1601 1680) est, en France, le grand propagateur liturgique du Cœur de Jésus et du Cœur de Marie avant les apparitions de Paray le Monial. • À partir des années 1640 1650, il organise une véritable liturgie des Cœurs de Jésus et de Marie (messes, offices, fêtes), où le Cœur désigne l’intériorité de Jésus et de Marie, foyer de leur amour et de leurs vertus, présenté comme « fournaise de charité » et lieu où se révèle la miséricorde divine. Il donne un cadre liturgique à cette dévotion en France. • Chez lui, la spiritualité du Cœur n’est pas seulement affective : elle est pastorale et missionnaire, orientée vers la conversion, la confiance et la réparation, ce qui fera dire qu’il est « Père, Docteur, Apôtre » de cette dévotion avant Marguerite Marie.

Jansénisme , rigorisme et accent sur la miséricorde :

• Le XVIIᵉ siècle français voit monter le jansénisme, avec un accent sur la rigueur morale, une vision restreinte de l’accès à la communion et une insistance forte sur la justice divine, au détriment d’une perception large de la miséricorde. • La dévotion au Cœur de Jésus (chez Jean Eudes puis, après 1673, à Paray le Monial) se développe précisément dans ce contexte « jansénisant », comme un rappel de l’amour miséricordieux de Dieu, accessible aux pécheurs et invitant à la confiance et à la réparation plutôt qu’à la peur. • Cette spiritualité du Cœur insiste sur un Dieu qui « ouvre » son Cœur, répand les « flots de sa miséricorde », veut consoler, pardonner et transformer, ce qui, à terme, constitue une réponse doctrinale et pastorale en opposition au climat de sévérité janséniste.

cimetière de Port Royal
Le grand départ

XVIIe–XVIIIe siècles

Marguerite Marie Alacoque
Marguerite Marie Alacoque

• Vers 1673 1675, Marguerite Marie Alacoque , visitandine à Paray le Monial, affirme recevoir des révélations du Christ lui montrant son Cœur « qui a tant aimé les hommes » et demandant un culte de réparation, une fête liturgique et la consécration de la France. dans un contexte de jansénisme. • Au XVIIIe siècle, confréries et archiconfréries du Sacré Cœur se développent, notamment autour d’Anne Madeleine Rémusat à Marseille (première messe du Sacré Cœur en 1716, archiconfrérie d’adoration perpétuelle en 1717), ce qui donne à la dévotion un premier maillage français, surtout urbain et féminin.

Révolution, restauration et « France du Sacré Cœur » (1790 1870)

• La Révolution détruit ou disperse de nombreuses confréries, mais les milieux contre révolutionnaires et royalistes adoptent le Sacré Cœur comme symbole de fidélité religieuse et monarchique (images portées par les Vendéens, références à la « consécration refusée » par Louis XIV). • Au début du XIXe siècle, la Restauration voit renaître la dévotion, avec multiplication d’images, de statues, de confréries paroissiales et de pratiques d’adoration, souvent associées à la réparation des « crimes de la Révolution ». • Sous le Second Empire, la béatification de Marguerite Marie (1864 1865) marque un tournant : l’extension de la fête du Sacré Cœur gagne du terrain dans les diocèses, et le culte s’universalise au-delà des cercles monarchistes, tout en gardant une forte tonalité d’expiation nationale.

cimetière de Port Royal
Montmartre

Le vœu national

basilique du Sacré Cœur de Montmartre
basilique du Sacré Cœur de Montmartre

En pleine guerre de 1870 1871 et face aux malheurs de la France, Alexandre Legentil et d’autres laïcs formulent un « vœu national » promettant un sanctuaire parisien dédié au Sacré Cœur, en esprit de repentance et pour obtenir le salut du pays et du pape prisonnier. • L’Assemblée nationale vote en 1873 la loi d’utilité publique permettant la construction de la basilique du Sacré Cœur de Montmartre , perçue par ses promoteurs comme un monument de réparation pour 1789, 1870 et la Commune, et comme un acte de consécration implicite de la France.

• Parallèlement, les diocèses se consacrent progressivement au Sacré Cœur (tous les diocèses de France selon les promoteurs du vœu), avec processions, heures saintes, promesses individuelles, faisant du motif du Cœur de Jésus un signe omniprésent dans la culture catholique militante de la fin du XIXe siècle. • Etablissement de la Garde d'Honneur du Sacré-Cœur en 1863 et en 1878, le Pape Léon XIII l'érigea en Archiconfrérie.

basilique du Sacré Cœur de Montmartre
basilique et funiculaire de Montmartre en 1895

Une Chronologie de Foi

1673

Paray-le-Monial

Les grandes révélations à Marguerite-Marie Alacoque.

L'appel au Cœur de Jésus

Le message de l'Amour divin face à la froideur du monde.

1873

Vœu National

Réparation et Espérance

L'édification de Montmartre comme signe de renaissance spirituelle.

1915

Consécration

L'Union Sacrée

Un élan de prière nationale pour la paix et la protection du pays.

2026

Vœu National

Restauration de la Dévotion

Répondre aux demande de Notre Seigneur pour la France.

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La Réponse au Jansénisme

De la rigueur froide à la chaleur de la Miséricorde.

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Miséricorde vs Rigueur

Le Sacré-Cœur s'oppose à la vision janséniste d'un Dieu lointain et sévère. Il révèle un Dieu qui "supplie" l'homme de se laisser aimer.

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Le Maître de l'Aikido

Métaphore moderne : le Christ transforme la violence de la Croix en énergie d'amour. Comme à l'aikido, il utilise la force de l'agresseur pour le sauver sans le blesser.

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Un Cœur de Chair

La dévotion souligne l'humanité réelle de Jésus. Son cœur physique est le symbole de ses sentiments humains divinisés par la Grâce.

Grande Guerre et apogée populaire

1914 à 1945

cimetière de Port Royal

• Pendant la Première Guerre mondiale, images, scapulaires et drapeaux au Sacré Cœur circulent massivement : soldats, familles et paroisses multiplient promesses et consécrations, et de nombreuses communes ou diocèses s’engagent au Cœur de Jésus.

• Le 11 juin 1915, le cardinal Amette consacre solennellement la France au Sacré Cœur à Paris, ce qui donne à la dévotion une dimension explicite de « France consacrée », même si l’acte reste ecclésial et non étatique.

• 9 juillet 1918 : le maréchal Foch consacre les armées alliées au Sacré Cœur à Bombon , malgré la réticence du gouvernement qui invoque la neutralité de l’État ; l’épisode illustre déjà la tension entre culte national au Sacré Cœur et République laïque.

• Des figures mystiques (comme Claire Ferchaud en Vendée) demandent que le Cœur de Jésus figure sur le drapeau national, ce qui manifeste la tension entre une République laïque et une partie du catholicisme qui voit dans le Sacré Cœur le signe salutaire pour la nation.

Claire Ferchaud
Claire Ferchaud
évolutions récentes

de 1945 au XXIe siècle

Jean-Paul 2

• En 1956, l’encyclique Haurietis aquas de Pie XII propose une synthèse doctrinale de la dévotion, en soulignant que le culte du Cœur de Jésus vise le mystère de l’amour rédempteur du Christ, et qu’il ne doit pas être réduit à un simple sentimentalisme ou à une idéologie politique.

• En France, à partir des années 1960, la pratique visible (processions, images domestiques) recule dans beaucoup de milieux urbains, mais le Sacré Cœur demeure présent dans la toponymie (églises, chapelles, établissements scolaires) et dans certaines congrégations, mouvements de spiritualité et formes de piété réparatrice.

• Aujourd’hui, la basilique de Montmartre, la fête du Sacré Cœur (avec ses actes de consécration personnels ou familiaux) et les nombreuses paroisses ou écoles « Sacré Cœur » perpétuent en France une dévotion recomprise davantage comme contemplation du mystère de la miséricorde divine que comme programme politico national, même si la mémoire des vœux nationaux demeure très présente dans l’historiographie.

• Le 5 juin 1965, le pape Paul VI appela à un renouveau de la dévotion au Sacré-Cœur. [ 9 ] En 1995, saint Jean-Paul II a réaffirmé l’importance de cette dévotion et a institué la Journée mondiale de prière pour la sanctification des prêtres à l’occasion de la fête du Sacré-Cœur en juin afin que « le sacerdoce soit protégé dans les mains de Jésus, plutôt dans son cœur, afin qu’il soit ouvert à tous ».

• Fin XXe–XXIe siècles : les congrégations « Sacré Cœur », les écoles et collèges portant ce vocable (360 en France), les maisons d’accueil et œuvres sociales continuent de structurer un réseau dense, même lorsque la pratique paroissiale visible s’estompe ; la dévotion est souvent relue dans un registre plus spirituel (miséricorde, évangélisation) que politico national.

• Monseigneur Dognin renouvella la consécration du diocèse de Quimper et Léon au Sacré-Cœur de Jésus le dimanche 14 décembre 2025, lors du pardon de saint Corentin à la cathédrale de Quimper. Il s’agit bien d’un renouvellement, car le diocèse avait déjà été consacré au Sacré-Cœur de Jésus le 1er juin 1889 par Mgr Jacques-Théodore Lamarche , alors évêque de Quimper et Léon. À cette époque, marquée par la montée des lois anticléricales et un climat de tension pour l’Église, cette consécration exprimait la confiance des chrétiens en un salut qui ne se trouve pas dans la réponse violente, mais dans le Cœur aimant et souffrant de Jésus.

Cathédrale de Quimper le 14 décembre 2025
Cathédrale de Quimper le 14 décembre 2025

Sanctuaires & Patrimoine

Le Sacré-Cœur a inspiré les plus grandes réalisations architecturales et artistiques de France.

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Montmartre
Paris

Basilique de Montmartre

Vitrail
Paray-le-Monial

Cité du Sacré-Cœur

Chapelle
Berné 56240

Chapelle du Sacré Coeur

Pratiques Modernes

Comment vivre la dévotion au Cœur de Jésus aujourd'hui ?

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Les Premiers Vendredis

Une pratique demandée à Paray-le-Monial : assister à la messe neuf mois consécutifs en esprit de réparation.

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L'Heure Sainte

Une heure de prière et d'adoration, généralement le jeudi soir, pour s'unir à l'agonie du Christ à Gethsémani.

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Consécration des Familles

Placer le foyer sous la protection du Sacré-Cœur, reconnaissant Jésus comme le centre de la vie familiale.