eluminure H

istoire

2ème Partie de l’empire romain jusqu’à la révolution :

Histoire du Faouët - Du Haut Moyen Âge à l'essor monastique
Départ des Romains

*I.* *II.* *III.* *IV.* *V.* *VI.* *VII.* *VIII.* *IX.* *X.*

Transition et Haut Moyen Âge (Vème – Xème siècle)

En 383, Maxime , qui s’était illustré par ses victoires en Grande-Bretagne contre les Pictes et les Scots (en 381), se révolte contre l’ empereur Gratien et passe sur le continent avec l’armée de Bretagne. Celle-ci était en grande partie composée de Bretons partis avec femmes et enfants qui demeurèrent ensuite sur le continent où Maxime leur accorda des régions , Gildas l’affirme. Il existe une preuve de leur présence dès les années 350 avec les données du cimetière des anciens Bretons de Saint-Urnel en Plomeur (29).

La fin de l'Empire romain d'Occident (476 après J.-C.) est marquée par des troubles et des invasions des peuples de l'est et du nord, dont le centre Bretagne souffrit probablement peu. Cependant, dès la seconde moitié du IVème siècle et jusqu'au VIIème siècle, des immigrations importantes de Bretons insulaires fuyant les Anglo-Saxons ont lieu en Armorique.

Vers 540, Gildas évoque dans " De Excidio et conquestu Britanniae", « la fuite de Bretons insulaires devant l'invasion saxonne ». Après le départ des légions romaines vers 410, les Bretons sont attaqués par des Scots venus d'Irlande et par les Pictes en provenance d'Écosse. Vers 450, le roi breton Virtigern appelle les Saxons (les frères Hengist et Horsa) pour se défendre et/ou conquérir des territoires vers l'ouest, forçant les habitants de ces régions à se retirer dans les montagnes du pays de Galles, ou à émigrer. Ces populations s’installent notamment sur les côtes vénètes et remontèrent sensiblement dans les terres. On peut nuancer l'importance de ces derniers car les saxons avaient été battus à bataille de Badon (490 ?) et n’ont repris leur poussée vers l’ouest qu’à la fin du VIe siècle (Bataille de Dyrham) alors que les migrations se sont poursuivies du IV au VIIème siècles et venaient presque essentiellement des régions les plus à l'ouest, les moins exposées aux invasions saxones...mais plus aux invasions des Scots d'Irlande.
Départ des Romains
Départ des Romains de Grande-Bretagne en 410 (en conséquence du sac de Rome) Peinture de Henry Payne, 1920

Vers 409, si l’on en croit Zosime, les Armoricains chassèrent les magistrats romains et établirent en leur place de nouveaux gouvernements avec Conan Mériadec (335-421)? (cité par Geoffroy de Monmouth ) comme chef, il aurait fédéré la population autour de lui vers Lesteven (Crozon, Finistère), y établissant sa cour, il épousera sainte Ursule. Une source "incertaine" dit que c'est Maxime qui lui fit don de tout le pays avec le titre de roi. Après avoir pris Rennes, Conan aurait reçu de Maxime 30 000 guerriers et 100 000 civils venus de l’île de Bretagne avec lesquels il peupla sa conquête...? En 411, l’empereur Honorius soumet la Gaule après avoir repoussé les barbares qui y sévissaient....
Il semblerait qu'il y eut une nouvelle révolte en 435.

Saint Germain d'Auxerre

Le calme ne durera pas, vers 447 ou 448, Aetius , généralissime de l’Empire romain depuis 429 , a délocalisé les Alains du Rhin, vaincus quelques années avant, vers Orléans avec mission pour eux de contrôler (d’attaquer) les bandes bagaudes de la région (d’où vient le mot bagad !), particulièrement virulentes à cette époque. Lors de la révolte armoricaine, il ordonne au roi des Alains de la Loire d’attaquer l’Armorique. Germain d'Auxerre négocie une paix, que le roi des Allains accepte. En 469, l’historien des Goths, Jordanès, fait état d’un chef breton Riothime (Riotimus) qui, «venu par l’océan » avec 12 000 hommes, se mit au service de l’ empereur Anthemius contre les Wisigoths du roi Euric. Ils auraient séjournés dans le sud de la Bretagne...

Départ des Romains
tombeau Conan Meriadec
migrations

Il est certain que Rome favorisa l'implantation de troupes bretonnes insulaires en Armorique pour défendre les côtes des envahisseurs, ils avaient en effet acquis une bonne expérience avec les invasions scots et saxones sur leur île.
Probablement aussi, certaines zones ont pu se dépeupler laissant le champ libre, ce fut le cas des montagnes noires vers le fin du IIIe siècle (analyses de 1958 sur Spezet), qui correspond à l'époque de l'abandon de Carhaix...

la vallée des saints

Les Vies de saints (écrites à posteriori vers le IX-Xeme siècle) et la toponymie indiquent qu’un certain nombre d’Irlandais et, pour une moindre part, d’individus anglo-saxons, migrent également vers l’Armorique. Ces migrations sont militaires (mention, chez Sidoine Apollinaire et Jordanes, comme évoqué précédemment), civiles et religieuses. Les moines accompagnent leurs ouailles. Des saints bretons viennent évangéliser l'Armorique, particulièrement sous le règne du roi franc Childebert Ier (511-558), favorable aux Bretons. Les Irlandais fournissent aussi un bon contingent de saints :Briac , Colomban , Jaoua , Ronan, Sané , Vougay , Tenenan , Sezni , Guigner ...

L’origine aristocratique galloise des plus « grands » saints et leur jeunesse passée, au Ve ou au VIe siècle, au monastère de saint Iltud à Llantwit Major, au pays de Galles, si elles ne sont pas totalement improbables, sont à considérer avec réserve.

Vers 490, les bretons auraient été battu par Clovis.
La mention, par Grégoire de Tours dès le milieu de VIème siècle, de « comtes » bretons montre qu’en trois générations le pouvoir était passé aux mains des immigrants. Cela laisse supposer une arrivée des membres "dirigeants" des peuples insulaires et/ou que, de ces nouvelles communautés, émergea une élite qui, peut-être par des mariages conclus avec les autochtones, s’empara progressivement du pouvoir.

Sur 200 ou 300 ans à partir de la fin du Ve siècle, les estimations des migrants vont de 50 000 à 150 000 (originaires de l’ouest de la Bretagne insulaire, des comtés de Cornouailles et du Devon, et, à un moindre degré, du pays de Galles, ainsi peut-être que du Dorset, et plus particulièrement pour notre région, de l’ouest du pays de Galles, Cardigan et Pembrokeshire), alors que la Bretagne ne compte elle-même à cette époque que 200 000 à 300 000 habitants. Difficile de dire si cela se passe de façon amicale ou guerrière, probablement les deux car on voit le besoin de se protéger, comme à Callac ou Quintin .

Cela équivaut aux migrations saxones en Bretagne insulaire : ces migrants (principalement des Angles, des Saxons et des Jutes) ont privilégié les régions orientales et méridionales de l'île, plus fertiles et directement accessibles depuis la mer du Nord et la Manche, leur nombre est estimé entre 50 et 200 000 (formation de 7 royaumes majeurs, VIe – IXe siècles).

migrations anglosaxones

Les capitales des Osismes (Carhaix) et des Coriosolites (Corseul) paraissent avoir été quasiment délaissées dès la fin du IVe siècle traduisant un changement des façons de vivre et non un abandon de ces sites.

La génétique permet de conclure sur les migrations et la colonisation de l'Armorique. Une grande enquête permet de préciser la répartition des haplogroupes du chromosome Y qui forment une sorte de signature des anciennes migrations par la voie masculine : les Bretons ont 85% de R1b, une grosse partie provient de la migration bretonne du Ve siècle. Le reste du R1b est un mélange des 1ers Indo-Européens, des premiers Celtes et des Saxons. L’haplogroupe I est dû aux invasions saxonnes et vikings. Finalement, on constate que les Bretons ont le bagage génétique le plus récent en France. La carte montre un remplacement presque total de la population par les nouveaux arrivants, cela semble objectiver une installation "agressive"...

Départ des Romains
dominante forte de l'haplotype breton (rouge)
répartition génétique bretonne

Conflits, structuration du territoire et légendes

L'émigration des chefs et des moines de Grande-Bretagne a donc bouleversé les structures de pouvoir en Armorique. Paternus ( Saint Patern) est présent au concile tenu à Vannes dès 465 et une lettre synodale de ce concile paraît indiquer que le siège épiscopal existait avant l’ordination de Paternus (l’évêque des Vénètes est attestée en 453 lors du concile d’Angers).

Par la suite, les rois Mérovingiens et Carolingiens eurent à faire face à de nombreux conflits avec leurs tributaires bretons. En 559, le comte de Bretagne Conomor (ou Conomor, cité par Grégoire de Tours en 546, le montrant comme protecteur de Macliau , frère du comte des Bretons Chanao) prend parti pour le fils rebelle du roi Clotaire Ier.

Châtiment de Conomor
Le châtiment de Conomor (Église Saint-Gildas, Auray)
La légende de Conomor : En armorique, il est décrit comme une sorte de Barbe-Bleue qui tue ses épouses successives dès qu'elles ont un enfant. Sa dernière épouse, sainte Tréphine , ayant accouché de saint Trémeur (Trec'h meur = grand vainqueur), il décapite celui-ci. Saint Gildas remet la tête en place et l'enfant va voir son père pour l'éprouver. À cette vue, Conomor est frappé d'épouvante et meurt de la vengeance divine.

Ces nouveaux arrivants dominent progressivement les populations indigènes et forment de petits États ou comtés. Waroch Ier parvient à fonder le Bro Waroch ou « Pays de Waroch », qui deviendra plus tard le Bro-Wérech (Pays de Vannes), s'étendant initialement des environs de Vannes jusqu'à l'Ellé (à côté de la Domnonée : Morlaix, Saint-Brieuc et Dol, et la Cornouaille : Quimper, Carhaix), subdivisées en pagi de taille plus modeste que dans le royaume franc, délimités par des cours d’eau. Ces territoires, apparaissent encore dans des Vitae et des chartes des xie et xiie siècles, ce qui atteste de leur maintien tardif, alors que les châtellenies se mettaient en place. Le Faouët, situé sur l'Ellé, se trouvait donc à la limite de cette entité territoriale en formation.

Châtiment de Conomor
Drapeau du Broerech (Pays de Vannes)

Les luttes de pouvoir furent incessantes. Macliau ou Mac-Llau voit son frère Canao tuer leurs trois frères. Macliau se fait passer pour mort, enfermé dans son tombeau, puis devient évêque de Vannes en 552. Mais dès qu'il apprend la mort de son frère, il se défroque, reprend sa femme et son domaine, avant d'être tué au combat en 577.

Drapeau du Broerec

Les combats reprendront en 594, le roi Childebert envoyant une armée contre les Bretons qui désolent le pays de Rennes. Ces luttes incessantes se poursuivront ainsi jusqu’au IXe siècle...

L'essor monastique et le Faouët à la frontière

Ruines de l'Abbaye de Landévennec

Fondée par saint Guénolé à la fin du Ve siècle, l’abbaye de Landevennec est la plus ancienne de Bretagne (Guénolé vint s’établir avec onze compagnons dans le site de l’estuaire de l’Aulne (Finistère), d’abord dans l’île de Tibidy en 482 et, trois ans plus tard, à Landévennec. Il gagna l’amitié de Gradlon , premier prince de Cornouaille, qui lui cèdera cet endroit. Cette abbaye est qualifiée de « Cœur de la Bretagne » par l’historien Arthur de La Borderie.

Les moines résidant dans la région ont produit d'importants textes hagiographiques dont les vitae (vies de saints), comme celles de saint Guénolé par Gurdisten et saint Paul Aurélien, au IXe siècle. Le scriptorium de l'abbaye fut très actif, incluant un recueil d'astronomie et d'algèbre écrit en 897 ou les enluminures des Évangiles (vers 900).

Reconstitution Abbaye de Landévennec
Reconstitution de l'Abbaye de Landévennec

Selon le cartulaire de Landévennec, vers le VIe siècle, un moine ou ermite, disciple de saint Guénolé, nommé Ratian, barde et prêtre, semble avoir évangélisé la région vers 485, comprise entre Langolen et Le Faouët. Il sera à l'origine des nombreuses chapelles Saint-Guénolé de nos paroisses.

À Langonnet, un saint gallois, Chunuett, aurait fondé un ermitage vers le lieu-dit Saint-Maur, donnant son nom à la paroisse (« lan Chonnet ») ou plutôt un moine de l’abbaye de Saint-Maur de Glanfeuil, nommé Gerfred, part vers 812 pour vivre en ermite dans un bois au Huelgoat et aurait séjourné à Langonnet pour y fonder Saint-Maur, au bas duquel, sur la rivière de Langonnet, deux ponts celtiques encore appelés « ponts aux moines » prennent place. Il gagne le monastère de Redon en 832 et y introduit la règle bénédictine.

Les « locuata » étaient des prieurés fondés par l’abbaye de Saint-Gildas-de-Rhuys après sa restauration au début du XIe siècle, tandis que les « loc » du Finistère étaient souvent liés à des donations à l’abbaye de Landévennec. Il existait des relations étroites aux xie-xiie siècles entre les monastères gallois et plusieurs abbayes bretonnes notamment celle de Quimperlé.

Abbaye St Sauveur de Redon en 1650

Citons aussi l' L'abbaye bénédictine Saint-Sauveur de Redon (Ille-et-Vilaine), fondée en 832 par saint Conwoion. Les Gesta Sanctorum Rotonensium (histoire des saints de Redon) sont une source importante pour cette période. Sa tour centrale à trois étages d'arcatures, datant du XIIe siècle, témoigne de son importance et de sa puissance ultérieure.

Abbaye Saint-Sauveur de Redon
L'Abbaye Saint-Sauveur de Redon (vue actuelle)
Abbaye Saint-Sauveur de Redon
Le Faouët à la frontière des territoires

Le Roi Morvan

Vers le IXème siècle, le Bro-Wérech qui comprend la cité de Vannes s’intègre difficilement dans l’Empire Carolingien. Entre 751 et 936, il y a des expéditions militaires franques dans la péninsule armoricaine, notamment l’expédition de Louis le Pieux (fils de Charlemagne) en 818 contre Morvan Leiz Breiz, un chef breton du centre de la Bretagne (né vers Priziac vers 760, chef et machtiern, , c’est à dire responsable de la justice). Louis le pieux vint en personne dans les forêts du Faouët pour venir à bout de cette insurrection bretonne conduite par le roi roi Murman ou Morvan. Après avoir envoyé le moine Witkar pour négocier et obtenir un refus de Morvan de se soumettre, le combat était inévitable et aurait eu lieu vers Langonnet ou Priziac. Priziac est probablement le site de campement pour l’armée franque. La découverte de monnaies carolingiennes à proximité du lac appuie cette thèse. Le roi Morvan y fut tué mais le secteur n’accepta toujours pas la tutelle franque. Le camp de Morvan était initialement imaginé à Minez-Morvan à Langonnet, mais les dernières recherches sont plus favorables à son établissement à Bonnevel à Priziac.

Une « Résidence de Morvan impressionante par sa taille et les armes présentes » est même mentionnée, bien que le lieu ne soit pas précisé, la tradition locale à Langonnet fait état du «Tombeau du Roi-Morvan» désignant le tumulus de Kermain, ce qui suggère une forte mémoire de cette figure historique et une présence ou une influence royale dans le secteur dès cette époque. En 818, Louis le Pieux rencontre Matmonoc , abbé de Landévennec, à Priziac, et impose la Règle bénédictine aux monastères bretons qui pratiquaient la règle celtique/irlandaise .

Abbaye Saint-Sauveur de Redon
roi Morvan devant le moine Witkar
camp de morvan

Certains voient dans cette guerre une volonté des peuples du centre Bretagne de pousser plus vers l'est et ainsi d'empiéter sur le territoire franc. Ils étaient probablement eux-même en conflit avec les bretons de l'ouest qui se montraient de plus en plus envahissants..

L'expansion du royaume breton et les habitats élitaires

Pour calmer les velléités de ce peuple, le roi des Francs nomma Nominoë , chef breton, à la tête du comté de Vannes en 831, qui devient « comte dans toute la Bretagne ». Celui-ci se révolte rapidement contre le roi franc et remporte d’importantes victoires : Ballon en 845, Jengland-Beslé en 851).
Ensuite, Erispoé (à qui Charles le Chauve donne les insignes royaux) et Salomon (extension maximale de la Bretagne) marquent cette période de consolidation et de résistance face aux influences franques.
La péninsule reste profondément marquée par cette période, avec un bouleversement des structures de pouvoir suite à l'émigration (souvent temporaire) de chefs et de moines.

Abbaye Saint-Sauveur de Redon


Les vestiges archéologiques d'occupation antique sur le site du Faouët pourraient avoir été en usage jusqu'à l'époque carolingienne (IXe-Xe siècles) et certainement, vu l'historique du roi Morvan, des troupes issues de la région du Faouët participèrent aux batailles sus-nommées.

Les enceintes fortifiées du centre Bretagne

Un nouveau type d'habitat élitaire consiste en des enceintes fortifiées, occupées entre le VIIe et le Xe siècle essentiellement en centre Bretagne. Installées sur des versants de plateau et à proximité de voies anciennes, elles sont cernées par de hauts remparts de terre et de bois longés de fossés larges et profonds.

Site de Bressilien, Paule

Le site de Bresselien à Paule (Côtes-d'Armor, au nord de Saint Symphorien), à moins de 20 km du Faouët, le seul fouillé intégralement, est emblématique. Dans ce vaste enclos de cinq hectares, l'enceinte ovalaire de 6 500 m² est dessinée par un large et profond fossé, suivi d'un rempart de terre et de bois. Les accès sont protégés, notamment par une tour-porche. L'espace interne se divise en deux parties séparées par un talus.

La zone basse du site regroupe diverses activités artisanales et agricoles (dépendances, fours à sécher le grain, silos, etc.), tandis que le secteur le plus haut accueille les bâtiments résidentiels, une forge et des silos. Le mode de construction des édifices évolue au fil du temps. Ils sont d'abord exclusivement en terre et bois et souvent un peu excavés. Puis, vers la fin du VIIIe ou au début du IXe siècle, les plus grands d'entre eux dans la cour haute sont remplacés par de vastes constructions maçonnées (de 60 à 115 m²). Des morceaux de verre à vitre, un fragment de coupe en verre décorée provenant d'ateliers du Nord de l'Europe ainsi que trois deniers frappés sous le règne de Charlemagne témoignent de la richesse et du rang élevé des occupants.

Séchoir à grains de Paule
Reconstitution d'un séchoir à grains (Site de Bressilien, Paule)

Toponymie et début de l'industrialisation

Dans ces communes majoritairement rurales, l'agriculture, « travaux de la terre », de l'élevage et du bois, est la base mais des « industries » sont localement présentes. Bien que les « haches à douilles » datent de l'âge du Bronze, l' activité métallurgique est une constante historique en Bretagne. La présence de « sites de réduction et de forge connus pour le second Moyen Âge » suggère une continuité de l'exploitation des ressources locales, comme le plomb et l'étain, abondants dans notre région.

Séchoir à grains de Paule
Séchoir à grains de Paule

La toponymie

Le breton de langue brittonique, venue de Bretagne insulaire avec des constructions semblables en loc- et en lan- (ainsi Llangollen au pays de Galles et Langolen dans le Finistère) révèle la structuration ancienne.

  • Plou- probablement le permier toponyme appliqué (paroisse, territoire) : Plouay, Plouray, Ploërdut...
  • Tre- (trêve, subdivision de paroisse) : Trémeven, Tréogan...
  • Pen- (pointe, extrémité) : Penvern...
  • désignent des paroisses primitives, souvent très vastes.

  • Lan- (ermitage, lieu consacré) : Lanvenegen, Langonnet...
  • Loc- (lieu, prieuré, ou parfois « bois sacré ») : Locunolé...
  • marquent l’extension du christianisme et l’établissement de monastères ou prieurés.

  • Gui- (bourgs) : Guilligomarch...
  • Ker- (à l'origine endroit fortifié, une forteresse, puis résidence importante) : Kermain, Kervran...

Invasions vikings (Xe siècle)

viking

Le Xe siècle est caractérisé par les invasions vikings qui ravagent les côtes et remontent les fleuves. Dans les années 880 à 900, des invasions particulièrement dévastatrices ravagent les villes, églises et monastères, poussant les chefs bretons à chercher refuge hors de Bretagne ou plus dans les terres. Des monastères sont détruits et leurs biens emportés ou cachés. Cette période de turbulence a probablement affecté la région du Faouët, ne serait-ce que par des réfugiés de la côte vers l'intérieur !

Séchoir à grains de Paule
Séchoir à grains de Paule

Alain le grand, réconcilié avec Judicaël, défait les Vikings à Questembert en 889 et calme sévèrement leur « ardeur », même si des raids continueront dans le début des années 900.
C’est après ces ravages que le culte de certains saints éponymes de «loc-» se développera, souvent en lien avec des donations à des abbayes comme Saint-Gildas-de-Rhuys ou Landévennec. Pour nos communes, bien qu’éloignées des côtes, l’impact peut être, devant cette instabilité, le renforcement des fortifications locales, comme la motte de Kermain de forme tronconique : 3 m de haut, 40 m de large avec une plateforme au sommet qui accueillait une structure circulaire d’environ 7 m de diamètre en pierre taillée probablement une tour. La motte castrale est ceinte de fossés encore ennoyés.

La motte de Kermain

Motte de Kermain


Naissance de la ville du Faouët et fortifications locales

Alain Barbetorte reconnu duc de Bretagne en 937, divise son duché en une multitude de fiefs et de seigneuries avec la domination progressive de grandes maisons comtales (Nantes, Rennes, Cornouailles). Le Faouët faisait partie au départ de la vicomté de Gourin, issue de la maison du Poher (Carhaix-Plouguer), d'où la rue « Poher ». Cette vicomté comprenait Gourin et ses 2 trêves de Roudouallec et du Saint, Guiscriff et sa trêve de Lanvenegen, Langonnet et sa trêve de la Trinité, Leuhan et le Faouët.

Puis le Faouët se trouvait à la limite des anciens comtés de Cornouaille, Ploërmel et Broërec. Situé à la limite ouest du Bro-Wérech (Pays de Vannes) et de la vaste seigneurie du Kemenet-Héboé, dont l'Ellé était la limite occidentale (ou Fief-Héboé), elle en formait la frontière.

C'est dans ce contexte que naît véritablement la ville du Faouët, au XIe siècle, autour d'un château féodal établi à ce carrefour stratégique, bâti par les cadets de la vicomté de Gourin. On donne au lieu le nom de Faouët, du breton faou (le hêtre), signifiant « la hêtraie ». L'église paroissiale, construite très nettement en contrebas du château (pourquoi ?), dont la nef primitive date du XIe siècle, témoigne de l'importance précoce de la communauté chrétienne (la paroisse est mentionnée pour la première fois vers 1330).
Elle subira d'importantes restaurations ultérieurement (notamment en 1743). On parle aussi de l'établissement d'un «ermite chrétien au village de Kergoff ».

Plan du Parc du Château
Plan schématique du carrefour stratégique : Église, ancien et nouveau Château, Halles et voies romaines

La situation au XIe est effectivement favorable. Idrisi , voyageur arabe, signale des marchés très peuplés et abondants en ressources, à Quimper (Sant Kerenbin) et Quimperlé (Kenberlin), qui commercent aussi de façon importante avec des « villes » à l'intérieur des terres...

Les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem et les commanderies

Plan Château

Depuis le XIe siècle existait un hôpital dédié à Saint Jean Baptiste pour recevoir les pèlerins de Terre Sainte. Il fut à l'origine de l'Ordre religieux des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem qui deviendra plus militaire vers 1130.
Avec la protection des seigneurs (souvent anciens croisés), ils acquièrent des concessions : les commanderies. Les possessions des Hospitaliers de Saint-Jean, augmentées au XIVe siècle par celles des Templiers, ont débuté probablement par Le Croisty dans notre région (Cornhospital l'évoque) puis Lotavy en Priziac et St Jean au Faouët (St Guénan).

Dès l'origine, en effet, une charte de Conan IV , rapportée par dom Morice à la date de 1160, énumère, pour les confirmer, toutes leurs possessions en Bretagne.

Des trois commanderies principales relevant du grand prieuré d'Aquitaine, celles du Palacret et de la Feuillée, très-riches, s'étendent dans les diocèses de Tréguier, Saint-Brieuc, Quimper, Saint-Pol-de-Léon et Vannes, avec ces membres dans le diocèse actuel de Vannes :

  • La commanderie de Saint-Jean-du-Faouët : dont les biens s'étendaient dans les paroisses du Faouët, de Gourin, Langonnet, Guiscriff, Inzinzac, Roudouallec.
  • La commanderie du Croisty : annexée à celle du Faouët à une époque moderne, et qui comprenait elle-même l'ancienne commanderie de Beauvoir-en-Priziac, avec des biens en Saint-Tugdual, Priziac, Saint-Caradec-Hennebont, Quistinic, Lesbins-Pont-Scorff.
Abbaye Ste Croix de Quimperlé en 1860
Abbaye Ste Croix de Quimperlé en 1860

Il ne reste, après la Révolution, qu'une chapelle Saint-Jean classée aux monuments historiques. La léproserie de Coat loret et son « hôpital » en dépendait peut-être aussi avec la fontaine miraculeuse de St Fiacre servant pour les ablutions des lépreux.

Un acte de 1037 mentionne que les habitants de ce fief du Kemenet-Héboé s'étendaient sur des paroisses voisines comme Meslan et Guilligomarch , et dont les descendants du vicomte de Rohan. possédaient la seigneurie jusqu'en 1791.

Château de Barrégan

L'abbaye de Quimperlé et le château de Barrégan

À Quimperlé, Gurloes (saint Urlo) fonde l'abbaye Sainte-Croix en 1029. Le paysage se dote d'une âme chrétienne, structuré autour de paroisses primitives, souvent vastes et forestières, comme celle de Priziac, qui englobait alors Meslan, Berné et d'autres villages actuels.

Abbaye Ste Croix de Quimperlé en 1860
L'abbaye Sainte-Croix de Quimperlé en 1860 (avant l'effondrement de la tour en 1862)
Jubé de l'Abbaye Ste Croix
Abbaye Sainte-Croix de Quimperlé aujourd'hui
Jubé de l'Abbaye Ste Croix
jubé de 1541 de l'Abbaye Sainte-Croix


La ville du Faouët se développe, autour de son château féodal et son église, entre les vallées profondes de l'Inam à l'ouest et de l'Ellé à l'est. Ces deux rivières servaient de limites naturelles à la commune, et surveillé par le château, tout comme le château fort de Barrégan, édifié vers la fin du XIIIe siècle (attesté en 1390) aux mains des Boutteville dès ce siècle.

On voit aujourd'hui les vestiges de sa motte castrale : enceinte circulaire et quadrangulaire, et peut-être un donjon absent de nos jours. D'une dimension de 21 m sur 12 avec une tour carrée au nord et ronde au sud, il était entouré de profonds fossés de plus de 6 m.

Château de Barrégan
Vestiges du château de Barrégan : éperon défensif surplombant l'Ellé

Il occupe un éperon défensif, surplombant de 40 m l'Ellé d'où il avait une vue imprenable, pour défendre la frontière bretonne entre l'Inam et l'Ellé. Il constituait probablement le premier château du Faouët, antérieur à celui du bourg même. Il passa aux mains des Bouteville au XVe siècle et en 1542, le château semble toujours habité ; le seigneur de l'époque, Yves de Boutteville l'énumère dans la longue liste de ses biens. Il est qualifié de ruiné dès 1682.

Château de Barrégan
éperon défensif surplombant l'Ellé

Les Halles et l'essor urbain du XIIIe siècle

Château de Barrégan

Apparaissent rapidement les « Halles », suggérant un centre commercial ou administratif. Elles étaient déjà construites sous une autre forme avant le XIIIe siècle, probablement en bois, après un espace ouvert de commerces aux alentours.

Le Moyen Âge, particulièrement à partir du XIIIe siècle, voit la Bretagne connaître un essor significatif. Le recul de la forêt est un phénomène notable, avec l'apparition de nombreux toponymes en « ker » (qui témoignent de l'extension de l'habitat) et la transformation des zones boisées en landes.
Mais les villes apparaissent d'après les écrits des cartulaires, « aveux », « réformations » et « montres » (recensements de nobles et de leurs obligations) :

Château de Barrégan

Quimperlé (mentionnée en 1285), Guingamp (1283), Vannes (1283), Quimper (1274), Saint-Brieuc (1274), Lamballe (1274) et Dinan (1247) se développent, certains étant fondés sous l'impulsion de ducs comme Pierre Mauclerc (début XIIIe siècle).

Le système féodal et seigneurial est bien établi, structurant la société et l'organisation territoriale. La population rurale constitue plus de 90 % des 1 à 1,25 million d'âmes que comptait le duché sous les premiers Montfort vers 1500.

Le mouvement cistercien

Château de Barrégan

Le mouvement cistercien s'est implanté en Bretagne à partir de 1130 : quatre moines venus de l'abbaye de l'Aumône (dans le Perche/Pays chartrain) arrivent en Bretagne, s'installant d'abord près de Dol-de-Bretagne puis dès 1136 ils créent une abbaye à Langonnet, proche du Faouët.
Le duché comptait 15 d'abbayes cisterciennes : Bégard (22) – fondation mère de nombreuses filles, Le Relec (29), Boquen (22), Saint-Aubin-des-Bois (22), Lanvaux (56), Coëtmaloën / Coët-Malouen (22), Bon-Repos (22), Langonnet (56), Saint-Maurice de Carnoët (29), Prières (56) – fondation plus tardive au XIIIe siècle, La Joie-Notre-Dame à Campénéac (56) – la seule abbaye de moniales cisterciennes en Bretagne, fondée au XIIIe siècle, Notre-Dame de Timadeuc à Bréhan (56) – abbaye cistercienne-trappiste toujours active de nos jours.

Les premiers seigneurs du Faouët

Les premiers seigneurs du Faouët, dont nous ignorons le nom, furent sans doute des cadets des vicomtes de Gourin. Un certain Geoffroy du Faouët est mentionné dans les chroniques en 1273. Il est traditionnellement rapporté qu'il aurait participé à la croisade en 1270 aux côtés de Saint-Louis (1226-1270).

Le premier seigneur cité au Faouët dans les sources est Hervé de Bouteville en 1270, il commence la longue série de la famille de Bouteville (ou Boutteville) qui était originaire de Normandie (dès le XIe siècle : l'un d'entre eux est mentionné comme compagnon de Guillaume le Conquérant à Hastings en 1066, recevant des terres en Angleterre après la conquête, grande famille avec des indices d'une filiation avec les familles d'Angoulême et de Poitou).

Ils sont arrivés en Bretagne après le mariage de Pierre de Dreux avec l'héritière du duché en 1213, nommé duc de Bretagne. Ils sont devenus seigneurs du Faouët par alliance avec l'héritière de la châtellenie du Faouët. Hervé de Bouteville était sénéchal de Ploërmel et du Broërec.

armoieries Bouteville
Fontaine de St Fiacre

Généalogie des Bouteville

Ils vont marquer de leur empreinte la cité du Faouët de 1340 à 1554.

  • Jean DE BOUTEVILLE (1er du nom, 1320-1384) Lui-même peut-être petit-fils d'Hervé de Boutteville, sénéchal de Ploërmel et du Bro-Erec en 1270. Vint en Bretagne au service du duc Charles de Blois en 1330 et 1340.
  • Bizien de Bouteville (1350-1410) Seigneur du Faouët, du Feins, vicomte de Berragan (1390-1405). Il épousa en 1390 Jeanne de Quélen, fille de Yves, sire de Quebron ou du vieux Chastel, laquelle devenue veuve épousa le seigneur de Rosmadec, veuf d'Alix de Tivarlen et de Pontecroix.
  • Jean de Bouteville (2ème du nom, 1380-1435) Seigneur du Faouët, du Feins et Barragan. Épousa Alix, vicomtesse de Coëtquénan, en l'évêché de Léon, principale héritière du vicomte de Coëtquénan. Il initie la construction d'une chapelle à Saint-Fiacre.
  • Jean de Bouteville (3ème du nom, 1400-1468) Seigneur du Faouët, du Fiens et Kergent, vicomte de Berragan et Coëtquénan, chambellan du duc de Bretagne, capitaine de Coquarneau (1484). Épousa le 28 novembre 1463 Marie, fille aînée de Charles, seigneur de Kérimerck, et de Marguerite de La Rocherousse.
  • Jean de Bouteville (4ème du nom, 1440-1498) Il ajoute à ses titres ceux de « Seigneur de Kerjean et Vicomte de Coëtquénan ». Il est choisi pour être Chambellan du Duc François II . Le 6 juillet 1489, en son manoir du Saint, il signera l'acte de vente du terrain sur lequel sera bâtie la chapelle Sainte-Barbe. Il verra la mise en place du prestigieux jubé qu'Olivier de Loergan pose à la chapelle Saint-Fiacre en 1480. Sur ses 11 enfants, le cadet deviendra Père Abbé à l'Abbaye de Langonnet de 1518 à 1536, et simultanément celui de l'Abbaye de Saint-Maurice à Clohars-Carnoët de 1520 à 1526.
  • Louis de Bouteville (1465-1540) Seigneur du Faouët, Kerjent, Kerjou, vicomte de Coëtquénan et de Barragan, chambellan du duc en 1499, capitaine de Cornouaille et de Coquerneau (1536). Épousa le 19 janvier 1498 Jeanne du Chastel, deuxième fille d'Olivier, seigneur du Chastel, et de Marie de Poulmic. Il verra l'achèvement de la chapelle Sainte-Barbe en 1512.
  • Yves de Bouteville (1499-1554) Seigneur du Faouët, Feins, Kerjent, Kerjou, vicomte de Barragan, de Coëtquénan. Épousa Renée de Carné, fille aînée de Marc, sire de Carné, gouverneur de Bretagne, amiral. Il épousa probablement en secondes noces Gillette de Rohan, dame de Marsein. Il commande vers 1550 les admirables vitraux de la chapelle Saint-Fiacre dont il nous reste encore cinq exemplaires.
  • Jeanne de Bouteville (héritière) Elle épousa par contrat du 20 mars 1554 Yves Parcevaux, seigneur de Pratis. D'où Renée-Marie Parcevaux, morte au berceau. En secondes noces, en février 1569, elle épousa Claude de Goullaine (marquis), né le 13 février 1512 à Raix, et mort le 13 juillet 1572.


La Guerre de Succession de Bretagne (1341-1364)

Au XIVe siècle, la région entre dans une ère de tourmente. Le château du Faouët, localisé à l'endroit de l'actuel cinéma (à proximité d'un croisement de 2 routes importantes à l'endroit du « parc du château »), décrit comme un « petit fort » ou « castiel » par le chroniqueur Jean Froissart, fut l'objet d'affrontements entre les troupes de Jean de Montfort et de leur allié anglais Édouard III d'une part, et celles de Charles de Blois et de leur protecteur français Philippe VI de Valois d'autre part, lors de la longue guerre de succession au duché de Bretagne (1341-1364).

Le château fut successivement repris par les partisans de Charles de Blois et de Jean de Montfort.

1342 Froissart rapporte spécifiquement un siège par les troupes anglaises sous Édouard III. En juillet, au retour de sa victoire sur les Espagnols, Gauthier de Mauny met le siège devant le château de la Roche-Piriou mais doit y renoncer. Il se dirige alors vers celui du Faouët, mais aurait rapidement abandonné aussi car Gérard le Malain de la Roche-Piriou se dirige vers eux avec des renforts.
11 novembre 1342 Les deux châteaux sont pris par Édouard III.
1359 Le comte Charles de Blois reprend le château-forteresse de La Roche-Piriou à Roger Davidson, puis celui du Faouët.
1364 Le château est repris par le comte de Montfort.
1373 Les Anglais ont définitivement quitté Le Faouët, délogés par Duguesclin après sa victoire à Quimperlé, en laissant derrière eux un château complètement détruit par les combats.
Bataille d'Auray
La bataille d'Auray (1364) cf plus bas

Après les conflits : la fidélité aux Montfort

Contrairement à une tradition qui prétend que le château fut rasé pendant cette guerre et que les seigneurs s'installèrent au manoir de Le Saint, après l'occupation anglaise, il n'y aurait pas eu une destruction complète : le Duc de Bretagne y séjourna un temps en 1442. En 1448, lors d'une réformation, le seigneur du Faouët est mentionné comme demeurant dans son manoir au Faouët (est-ce le même ?).
Donc, bien que les seigneurs de Bouteville aient pu fréquenter leur manoir au Saint, ils n'ont probablement pas délaissé Le Faouët pendant plusieurs siècles.

Les Bouteville seront toujours de fidèles alliés des ducs de la dynastie des Montfort. Ils en seront récompensés en figurant parmi les chambellans de la cour ducale sous le duc François II et en étant honorés du titre de barons par la duchesse Anne en 1495.

L'âge d'or de la Bretagne

Nous entrons dans l'âge d'or de la Bretagne avec une démographie en forte augmentation, des richesses progressant grâce à l'agriculture, l'industrie toilière , la pêche et le commerce maritime. La famille de Bouteville a laissé le souvenir d'une famille de grands bâtisseurs.

Chapelle Saint-Fiacre
La chapelle de Saint-Fiacre

On leur doit, en plus de la construction des chapelles de Saint-Fiacre et de Sainte- -Barbe , joyaux de l'art gothique flamboyant , celle de l'église, de la chapelle st Adrien , des Halles du Faouët, de la chapelle Saint-Hervé à Gourin et de l'église de la Trinité-Langonnet .

Chapelle Sainte-Barbe
La chapelle de Sainte-Barbe

Ils occupèrent des charges importantes de chambellan (officier de la cour chargé de diriger le service intérieur et le logement du duc, jusqu'à assister le prince dans ses représentations et parfois ses affaires financières) du duc François II et du roi de France François Ier .

Jubé de Saint-Fiacre
vitrail chapelle Ste Barbe

Leurs armes « d'argent à cinq fusées de gueules en fasce » figurent toujours sur les vitraux des chapelles Sainte-Barbe et Saint-Fiacre.

Jubé de Saint-Fiacre
vitrail de Saint-Fiacre (1480)
Jubé de Saint-Fiacre
jubé de Saint-Fiacre (1480)
Jubé de Saint-Fiacre
chapelle Ste Barbe

Autres vestiges architecturaux

Jubé de Saint-Fiacre
Kerdudou

Au Faouët, le manoir de Kerdudou mentionné en 1481 appartenant à Marc Kerdudou, puis aux Le Boeuf et Kerourchin au XVIe siècle, passe en 1716 aux seigneurs du Diarnelez. La partie nord pourrait remonter au XVe siècle, bien que la porte en arc brisé soit datée de 1708. D'autres manoirs présents dans la région, tels que Kereven, Leignou, Quinquis Glues, Kernine, Poulériguin, Minez Pempen, Trémen, Guernam... avaient une existence documentée avant 1500, bien que leurs bâtiments actuels soient des reconstructions ultérieures.

Jubé de Saint-Fiacre
escalier du manoir de Kerdudou

Le moulin du Duc (Le Saint) près de la rivière du même nom (affluent de l'Inam): site archéologique médiéval abritant les vestiges d'une ancienne motte castrale avec sa basse-cour, également désigné sous le nom de « retranchement de la Tour-au-Duc », ce lieu fortifié du Moyen Âge servait historiquement de position défensive. Le nom du site fait référence aux ducs de Bretagne, qui possédaient des terres et des infrastructures (comme des moulins) dans cette zone frontalière.

Jubé de Saint-Fiacre
principaux châteaux du centre Bretagne au moyen âge

On mentionne aussi, comme dans beaucoup de communes, des souterrains qui peuvent tenir de la "légende" (vu notamment la difficulté de creuser dans notre granit breton!) mais qui sont attestés par des "gens de confiance", mentionnons en trois en exemple :
- celui qui allait du château du Faouët au parc des Ursulines
- celui qui allait du château de la Roche Piriou à la chapelle St Armel (Meslan) passant sous l'Ellé! (dont on voyait clairement l'entrée sur la butte de Roche Piriou, il y a moins de 30 ans)
- celui qui partait du manoir de Kerdudou et qui allait jusqu'à Diarnelez (Le Faouët) passant sous le D769 (où lors des travaux de construction de la route, il aurait été aperçu...). Alors mythe ou réalité ?

Jubé de Saint-Fiacre
souterrain de la Roche Piriou
Jubé de Saint-Fiacre
souterrain du château du Faouët
Jubé de Saint-Fiacre
souterrain de Kerdudou

Le manoir et le château : coexistence de deux bâtisses

Yves de Boutteville déclare dans un aveu (document décrivant les biens d'une seigneurie) de 1542 posséder :

« le manoir et lieu noble du Faouet sittue pres et joignant la ville et bourg du Fauoet tant en maisons jardrins portes courtilz douffves et demonstrances de chasteau y avoir este aultreffoys ».

Ce document confirme la coexistence, en 1542, d'une ancienne bâtisse (le château féodal mentionné par Froissart et utilisé jusqu'au XVe siècle) et d'un nouveau manoir ou lieu noble. Ce dernier pourrait être celui mentionné au XVe siècle.

Cette demeure construite en contrebas, jouxtant l'actuel parc du château, fut détruite après son incendie en 1880. La parcelle quadrangulaire nommée « Parc du Château » (en vert clair), sur le cadastre napoléonien de 1827, correspond au jardin clos de ce château « moderne » (en rouge sur le plan).

Plan schématique : Parc du Château, ancien Château, nouveau Château en rouge, Halles,église et Chap. de la Congrégation en vert

L'apaisement et les États de Bretagne

Carte de Bretagne de 1594
traité de Guérande

Dans la guerre citée précédemment, la bataille d'Auray en 1364 est un tournant décisif. Elle confirme le pouvoir des Montforts, elle entraîne le traité de Guérande (1365) où le roi de France reconnaît Jean IV de Bretagne comme duc de Bretagne. Ceci apporte une longue période de calme relatif qui a favorisé la croissance urbaine avec un rôle notable des États de Bretagne dont des sessions sont recensées de 1420 à 1587. Ces assemblées jouaient un rôle crucial dans l'administration et la politique ducale. Des levées de compagnies et de capitaines sont également documentées pour 1420, 1465 et 1467, illustrant l'organisation militaire de cette période.

Alliés aux ducs de Montfort, les seigneurs du Faouët, fidèles chambellans devenus « barons », possédaient les droits de basse, moyenne et haute justice, privilège important. L'auditoire de la juridiction seigneuriale du Faouët et la prison étaient situés sur l'actuelle place des halles, adossé à la chapelle de la congrégation dont le toit s'écroulera le lundi 3 mars 1952 vers 10 heures, entraînant toute la toiture. Les murs sont restés debout jusqu'à leur démolition en 1953, et dont il ne reste que le pignon actuellement. Cet auditoire servira après la Révolution pendant un temps de mairie.

Carte de Bretagne de 1594
chapelle de la Congrégation

Les structures agraires

Les campagnes sont le théâtre de l'affirmation de structures agraires spécifiques, telles que le système du convenant, qui se généralise dans le Vannetais, ou les censives dans le pays nantais, un dualisme qui se met en place dès la fin du XIVe siècle et perdurera jusqu'à la Révolution française.

La seconde moitié du XVe siècle est décrite comme une période de difficultés pour les campagnes bretonnes, notamment avec l'arrêt brutal de la (re)construction vers 1450. Pourtant, les villes, souvent d'anciennes cités gallo-romaines devenues sièges épiscopaux (Nantes, Rennes, Vannes, Quimper), ainsi que des localités nées à l'ombre d'abbayes celtiques ou bénédictines (Dol, Saint-Brieuc, Saint-Malo, Saint-Pol-de-Léon, Tréguier, Redon, Quimperlé), connaissent une croissance rapide. L'artisanat et le commerce se développent ainsi que l'industrie textile, notamment celle du lin.

Carte de Bretagne de 1594


L'union à la France (1491-1532)

L'évolution vers l'assimilation à la France s'intensifie à partir de 1491, pour s'achever en 1532, transformant la Bretagne d'une principauté autonome en une province du royaume de France.

Cette transition est ponctuée de crises, dont la plus significative est la guerre de 1487 à 1491 opposant la dynastie bretonne, François II puis sa fille Anne, aux rois de France Louis XI puis Charles VIII . À l'issue du siège de Rennes, le mariage entre Charles VIII et Anne de Bretagne est accepté le 15 novembre 1491, par le traité de Rennes qui, néanmoins, garantit 120 000 livres de rente à la duchesse, et 120 000 livres au trésor du duché, pour payer les mercenaires et en débarrasser le duché.

La Bretagne est dès lors unie à la France mais les privilèges et les droits des Bretons sont confirmés : pas de nouvelle loi sans l'autorisation des États de Bretagne, nomination d'officiers civils réservée aux seuls Bretons, pas de service militaire hors de Bretagne, les Bretons seront jugés en Bretagne, impôts décidés par les États...
Réunion du duché à la France
Réunion perpétuelle du duché de Bretagne à la couronne de France (août 1532)

Les halles., cœur du commerce faouëtais

L'existence des halles au Faouët, attestée dès 1542, est probablement bien antérieure car d'après une description, cette construction se situerait autour de 1425. Auparavant, Le Faouët disposait d'un espace de marché à ciel ouvert car la ville servait de point de ravitaillement pour les armées en déplacement, notamment entre Hennebont et Plouay, en raison des guerres de succession et des incursions anglaises.

La ville a été très vite un centre commercial important au carrefour de deux axes routiers d'importance :

  • Hennebont à Roscoff traversant Carhaix et Morlaix, avec des exportations à destination de l'Angleterre et des pays nordiques par Roscoff, ou à destination de la péninsule ibérique par Hennebont.
  • Rennes à Quimper, par Pontivy et Scaër, pénétrant le cœur de la Bretagne.

Le Faouët exportait la production de ses moulins à papier et celle de ses tisserands.

les Halles aujourd'hui

Une structure remarquable

Les Halles sont une structure notable pour sa superficie : 940 m² (50 × 18,80 m et 10 m de haut, charpente en chêne et sapin sur colonnes de granite), ce qui la plaçait troisième en Bretagne après Rennes et Vannes. L'artisanat et le commerce y étaient très développés, probablement favorisés par les chemins empierrés datant du Haut Moyen Âge qui semblent avoir été abandonnés progressivement entre le XVe et le XVIe siècle avec la mise en place de nouvelles voies superposables aux voies actuelles.

les Halles aujourd'hui

Il s'y tenait marché tous les mercredis, ainsi que neuf foires annuelles, puis quatorze à partir du XVIIe siècle. Elles constituaient un revenu substantiel pour le seigneur qui percevait diverses taxes :

  • La « grande verge» prélevée sur les papiers (110 livres par an) — la plus rentable.
  • La « place des estaulx » (étal des marchands et artisans) — 22 livres/an.
  • La « coutume des mareschaulx » — 20 sous/an.
  • La « place de cuyr » — 8 livres/an.
  • La « place de laine » — 8 livres/an.

(NB : en plus de ceux de mesurage (liquides, céréales...), de trépas (sorte de péage établi au passage des quatre ponts).)

L'édifice sera racheté par la municipalité en 1815 à la famille d’Argouges de Ranes alors que celui-ci est à moitié en ruine, et fera l'objet par la suite de nombreux travaux de restauration.

Jour de marché au Faouët
Jour de marché au Faouët — Henri Barnoin
Histoire du Faouët - Fin du XVIe siècle et histoire des paroisses voisines

Le Faouët à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècle

De la prospérité commerciale du Faouët à la fin du XVIe siècle aux grandes guerres de la Ligue, puis exploration des paroisses voisines qui ont façonné l'identité du pays faouëtais : Berné, Meslan, Priziac, Lanvénégen, Guiscriff et Langonnet.

Malgré des taxes nouvelles, la situation au Faouët était plutôt favorable en cette fin du XVIe et début du XVIIe siècle. Il y avait même des demeures de qualité dans la cité, si l'on en juge par ce qui en subsiste encore aujourd'hui : les majestueuses fenêtres (ou lucarnes) du XVIIe siècle accrochées au toit de certaines maisons et dont l'encadrement est en granit ouvragé, comme celle du n° 14 de la rue du Château et celles des n° 13 et 15 de la rue Victor Robic, avec d'anciennes et vastes cheminées.

Fenêtres du Faouët
Lucarnes en granit ouvragé du XVIIe siècle
Cheminée du Faouët
Cheminée du Faouët
Mais à côté de gens ayant cette condition correcte vivaient des mendiants et de pauvres journaliers sans ressources, couchés sur la paille, toujours les premiers touchés et le plus gravement atteints par les épidémies...

Jean Talabardon, prêtre, déclarait :

« Le 8 novembre 1705 a été enseveli, dans le cimetière de l'église paroissiale du Faouët, le corps d'un pauvre mendiant, paraissant âgé de 10 à 12 ans, se disant originaire de la paroisse de Plérin à nous inconnu... »

« Le 14 octobre 1714 a été enterré un pauvre mendiant paraissant âgé de 12 à 13 ans, ou environ, se disant originaire de la trêve de Guilligomarch et avoir nom Vincent, dont le père et la mère nous sont inconnus... » etc...
Chemin de Sainte-Barbe
Le chemin de Sainte-Barbe au Faouët

Les 16 foires du Faouët

La « richesse » de la ville du Faouët s'affichait à chacune des 16 foires qui portaient toutes un nom :

  • La foire des Gras
  • Celle de la Passion ou foire des « vieilles » (le poisson du carême)
  • Celle du Saint-Sacrement vers la mi-juin
  • Celle de la Sainte-Anne
  • Celle de la Saint-Michel
  • Celle des Jeunes (début décembre)
  • Celle des Vieux ou « foire Lagout » (le 31 décembre)
  • etc...

Chaque espèce vendue avait sa place dans la ville.

Chemin de Sainte-Barbe

Claude de Goulaine et l'héritage des Bouteville

Claude de Goulaine (1512-1579), seigneur de Goulaine (44), marié en février 1559 avec Jeanne, dernière héritière des Bouteville, récupère les possessions de celle-ci. Au Faouët, il possède :

  • Le château et ses dépendances immédiates
  • Les halles et les revenus qui en découlent
  • L'église paroissiale
  • La plupart des maisons de la cité
  • Des bois, des terres, des prés
  • Hors de la ville, des terres et maisons dans de nombreux villages
  • La chapelle Saint-Fiacre et ses dépendances
  • Plusieurs moulins
  • Les ponts à péage et à Barrégan
  • Le château de Barrégan et ses deux tenues
  • Toute la montagne de Sainte-Barbe et sa chapelle
  • En plus, il possède au Saint : le château et ses dépendances (jardins, bois, étangs), des pièces de terre dans plus de vingt villages, et à Gourin des terres dans plus de trente villages, ainsi que quelques autres terres dans les paroisses de Guiscriff et de Langonnet... Et pour finir, toutes les terres et autres biens relevant de la seigneurie de Coëtquénan, de celle de Kerjean, de Kerriou, et plusieurs petits manoirs.

    le château du Saint (XIV-XVème siècle). Propriété des seigneurs du Faouët, les Boutteville, vers 1343, puis de la famille Goulaine (en 1559), et de la famille Bahuno (en 1729). En 1679, le château comportait trois corps de logis protégés par des tours, des tourelles, des douves et un pont-levis. Il est vendu comme bien national en 1790. Début 19e, seul subsiste le logis connexe, reconstruit dans la première moitié du XVIIème siècle (le portail date du XVème siècle) et sera arasé en 1970-1972 (Photo de 1900).

    Armoiries des Goulaine
    Armoiries des Goulaine
    Armoiries des Goulaine

    Claude fut enterré dans la chapelle de Notre-Dame du Saint le 14 avril 1579. La seigneurie de Goulaine échoit à Gabriel, le fils aîné, tandis que Jean (1566-1617), le cadet, reçoit la baronnie du Faouët, de laquelle sont disjoints, d'une part les seigneuries de Coëtquénan et de Kerriou attribuées à leur sœur Moricette, et d'autre part quelques autres terres offertes aux dernières sœurs, Louise et Marie.

    La Ligue et le duc de Mercœur

    Armoiries des Goulaine

    Le Duc de Mercoeur , gouverneur de Bretagne depuis plusieurs années, prend la tête des catholiques bretons qu'il rassemble dans une Ligue dite de « L'Union » en faisant de Nantes sa capitale. Il luttait déjà contre les protestants ; il se battra désormais contre les troupes royales à la suite de l'assassinat, sur ordre du roi Henri III , le 23 décembre 1588, du duc de Guise et de son frère le Cardinal de Lorraine , chefs de la Sainte Ligue en France, puis de l'accession au trône d' Henri IV , Huguenot, en 1589.

    Le duc de Mercœur a derrière lui la presque totalité des villes de Bretagne, à l'exception de Brest et de Rennes où siège le représentant du pouvoir royal. Le seigneur de Goulaine et son frère Jean, tous deux ligueurs acharnés, seront de presque toutes les batailles.

    Armoiries des Goulaine
    Fin 1589 Ils assiègent le c château de Guémené car les Rohan qui y siègent sont fidèles au Roi. Charles IX , en effet, en septembre 1570, avait élevé leur fief en Principauté : ils étaient « Princes de Rohan ». Le château cède le 7 décembre 1589 mais les Goulaine en seront chassés en janvier 1590.
    1590-1592 On les retrouve au Château de Pont-l'Abbé , puis celui de Kérouzéré (Saint-Pol-de-Léon), puis à la bataille de Craon en mai 1592.
    1592-1598 Durant les années qui vont suivre, la Bretagne donnera un spectacle de désolation. Le peuple a été contraint d'abandonner maisons et familles pour chercher l'espoir de la sûreté aux forêts.
    Mars 1598 Les armées royales, revigorées par un commandement nouveau à la suite de leur désastre de Craon, ont reconquis toute la Province et, avec la conversion d'Henri IV, le duc de Mercœur consentit enfin à se soumettre au roi de France. Cette soumission est officiellement enregistrée à Angers, en mars 1598, ainsi que les chefs de son parti, tels les deux frères de Goulaine. Le roi de France accorde son pardon à tous ceux qui avaient soutenu Mercœur et les comble même de gratifications ! Gabriel , seigneur de Goulaine, et son frère Jean, seigneur du Faouët, sont maintenus dans leurs charges et emplois.
    Armoiries des Goulaine>
    C'est dans cette ambiance que va sévir Guy Eder de la Fontenelle (1572-1602)...

    Berné

    Du breton « bern » (amoncellement, tas)

    Berné est également suggérée comme ayant pu faire partie de la vaste paroisse primitive de Priziac, citée pour la première fois en 937 dans un document du diocèse de Vannes. Une mention dit qu'elle « serait devenue paroisse au début du XIe siècle » relevant du doyenné de Kemenet-Heboé et sous la protection de saint Brévin . Tout cela indique une entité territoriale bien antérieure, probablement structurée comme un ensemble de fermes autour d'un noyau primitif dès le Haut Moyen Âge.

    Plusieurs seigneuries émergent rapidement : Keriquel, Kerloas, Poulhibet et Tromelin ; la plus importante étant celle de Pont-Callec.

    La seigneurie de Poulhibet

    La famille Kermoen (ou Kermain), déjà présente à Berné dès la réformation de 1427, possédait des attaches à Poulhibet au début du XVe siècle puis la seigneurerie de Poulihibet en 1514 : appartient à « Jehan et Vincent de Kerven », La réformation de 1536 dit : « Poulhuibet (Poulhibet) à Alban Kermoen ». Dans ce village, on peut noter l’arrêt de gare de 1906 à 1947, et la chapelle et l’école qui s’y trouvait auparavent.

    La seigneurie de Pont-Callec

    Au XIIIe siècle, la construction d'un barrage et d'un étang par Jean II , duc de Bretagne, permet d'alimenter durablement des moulins et de renforcer la défense du château. Celui-ci assure le contrôle de la vallée du Scorff et des routes menant à Guémené et Carhaix. La forêt voisine sert de réserve de bois et de domaine de chasse seigneurial, témoignant des activités locales (défrichement, charbonniers, sabotiers). On y révéla en 1972 un important village médiéval.

    La seigneurie de Pont-Callec constitue le centre du territoire du Kémenet-Héboé et échoit à la famille de Lanvaux . En raison de dettes et d'accusations de rébellion (notamment contre Geoffroy de Lanvaux), la baronnie est progressivement confisquée et intégrée au domaine ducal entre 1272 et 1281. À partir du XVe et du XVIe siècle, la châtellenie passe successivement aux familles Derval, Malestroit , puis Papin, via alliances et mariages.

    Berné dépendra ensuite de la puissante châtellenie de Pont-Calleck, qui regroupe jusqu'à 12 paroisses.

    Château de Pont-Calleck
    Le château de Pont-Calleck
    Four du village médiéval
    Four du village médiéval de Pont Calleck

    Meslan

    Parfois mentionné venant du gaulois Mediolanon (« plaine centrale »), plus probablement lié à Saint Melan, évêque de Rennes de 505 à 530. Ceci ancre l'origine de la localité et de son importance religieuse au début même du VIe siècle.

    Meslan devient une paroisse au début du XIe siècle (première attestation écrite de la paroisse date de 1282). La présence de lieux-dits comme le Grand et le Petit Moustoir témoigne d'anciens établissements monastiques ou ermitages, possiblement d'époque mérovingienne ou carolingienne, aujourd'hui disparus. L'église actuelle date de 1577, probablement sur le site d'un ancien édifice. Meslan est suggéré comme ayant pu faire partie d'une vaste paroisse primitive boisée de Priziac.

    Meslan compte un nombre important de manoirs et de fiefs : Boblaye (Guégan), Drénec, Kerflemic (Villeneuve puis Jouan), Kerhouat, Keroualc'h, Le Bourg, Nénévé, Resquéro, Restinois (famille Stanghingant), Roscalet (Mauléon), St-Tréhen, Salles de Boblaye, Stang-hingant (famille Jéguic), Pont-Forriec...

    Le village nommé « le Clandy » correspond probablement à l'emplacement d'une ancienne léproserie. Ce toponyme associant les termes Klan (« malade ») et Ty (« maison ») servait en effet à désigner au Moyen Âge ce type d'établissement.

    La présence de puits monoblocs à Meslan ou de moulins sont des éléments qui peuvent avoir des origines remontant à l'époque médiévale.

    Église de Meslan en 1900
    L'église de Meslan vers 1900
    Église de Meslan en 1930
    L' église de Meslan vers 1930

    Priziac

    La paroisse primitive est décrite comme une vaste paroisse très boisée au Haut Moyen Âge, qui aurait englobé les territoires actuels de Meslan, Berné, Saint-Tugdual et Le Croisty. Son nom est réputé avoir résisté à la « bretonnisation ».

    Mentionné pour la première fois dans le cartulaire de l'abbaye de Landévennec en 818, il y est question d'un « Brisiaci Silva » (forêt de Priziac), ce qui pourrait indiquer une origine gallo-romaine plus ancienne ou une forte identité locale, confirmée par la présence de pièces de monnaie romaines et carolingiennes (2 000 deniers carolingiens à Kervenah et Belair) qui accréditent la présence continue d'un habitat. Un autre trésor monétaire, trouvé à Priziac en 1972 dans un champ près du château de la Roche-Piriou, est constitué de pièces du règne de Philippe VI de Valois (1328-1350). Elle est décrite comme une vaste paroisse très boisée au Haut Moyen Âge, qui aurait englobé les territoires actuels de Meslan, Berné, Saint-Tugdual et Le Croisty.

    Monnaie de Philippe VI de Valois
    Monnaie de Philippe VI de Valois (trouvée à Priziac)

    La seigneurie de Roche-Périou

    Château de la Roche-Piriou
    Le château de la Roche-Piriou

    Fondée par Périou, fils du comte Budic (mort vers 1019, Budic est le premier du lignage des comtes de Cornouaille qui soit connu avec certitude) et époux d’une fille du seigneur d’Hennebont, qui construit dès 1025 un premier château. Leur fils Guégan serait le constructeur du château de Guémené-sur-Scorff, chef-lieu du "Guémené-Guégan". Vers 1180-1191, des donations importantes sont faites à l'abbaye de Quimperlé : Estell donne la moitié de Bresselien en Priziac, Gorguethen la moitié de Murcel, son fils Rodaud la terre de Penguern. Ces cessions se situent dans la mouvance féodale classique, avec la présence d'un prêtre-recteur (Rioc en 1191). Les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem reçoivent des terres (commanderie de Lotavy/Beauvoir/Croisty)...

    Le territoire est morcelé : jusqu'à 19 seigneuries en relèvent, avec des châteaux comme La Roche-Piriou (foyer nobiliaire central), Crémenec ou Dréors , et de multiples maisons nobles (Penquesten, KerMenec, Ker-Ual, etc.). Au XVe siècle, la puissante famille du Dréors détient la haute justice (Un premier château érigé au Dréors fut détruit pendant la guerre de succession, à la fin du XIVe siècle un autre le remplacera), et de nombreux seigneurs locaux siègent également dans la paroisse.

    Château du Dréors
    Le château du Dréors (vers 1900) des XVe et XVIe siècles, bâti par les Le Scanff, une des plus belles demeures seigneuriales de son époque. Sa tourelle très haute dominait le pays.

    Les Le Scanff, furent au XVe siècle et au XVIe siècle, chambellans, écuyers et pensionnaires des ducs de Bretagne, ils possédaient aussi la seigneurie du Dréortz à Paule. Par suite d'alliances, la seigneurie du Dréors passe aux familles Talhouët Kerservant (1591) et de Volvire (1632). Ces derniers la vendent aux Lopriac (1684) puis aux Kerhoent (jusqu'à la Révolution). En 1827, le logis, la chapelle privée et le colombier sont encore debout. L'ensemble tombe en ruine au début du XXème siècle.

    En 1718, pendant la conspiration bretonne contre la royauté (conspiration de Pontcallec), 14 conjurés se réunissent dans le bois de Kerlin ; le manoir de Plascaër joue un rôle dans ces affaires, et un de ses membres est condamné à mort à Nantes pour rébellion.
    Château du Castel Bel Air
    Le château du Castel Bel Air du XVIIe siècle près du lac
    Vieux pont de la Roche-Piriou
    Le vieux pont de la Roche-Piriou

    Lanvénégen,

    « lan » (lieu consacré) et saint breton Wenegan/Conogan, évêque de Quimper au VIe siècle. Ce saint aurait lancé la première fondation chrétienne, comme en témoigne l'église dédiée à Saint Conogan . Le toponyme Lanzonnet (consacré à Saint Sonnet) atteste aussi d'une présence plus ancienne.

    Cette paroisse était initialement une trêve (dépendance subalterne) rattachée à la paroisse-mère de Guiscriff.

    Elle possède le manoir de Lescréant, avec son escalier intérieur en vis, qui est l'un des rares éléments architecturaux locaux qui remonte à cette époque, et le manoir de Saint-Quijeau avec son escalier à double révolution, sont documentés comme ayant existé avant 1500, même si leurs éléments actuels ne sont pas aussi anciens.

    Manoir de Lescréant
    Le manoir de Lescréant et son escalier en vis
    Manoir de Saint-Quijeau
    Le manoir de Saint-Quijeau et son escalier à double révolution
    Manoir de Saint-Quijeau
    son escalier à double révolution

    L'église de Lanvénégen (bâtie en 1508–1522 par Bertrand du Rusquec, prêtre local) abrite des armes des Du Chastel-Du Chastelier figurant sur la maîtresse-vitre de l'église. Le moulin de Rosangat et le moulin de Quenques sont aussi mentionnés et, pour le dernier, est devenu un « moulin de la Coutume » en 1566, suggérant une origine médiévale.

    Maîtresse-vitre de l'église
    La maîtresse-vitre de l'église de Lanvénégen (armes des Du Chastel)

    Guiscriff

    Gwisk signifie en vieux breton « un habit, armure » et Ri désignait un « chef ». Dans le cartulaire de l'abbaye de Sainte-Croix de Quimperlé, on trouve en 1088 le nom de Guiscri.

    La présence de « Magor » en Guiscriff (comme à Priziac), dérivant du vieux breton «macoer», signale une occupation gauloise ou gallo-romaine. Cela atteste d'une très longue histoire d'occupation humaine sur le site. En 1058, Alfret Mab donne à l'abbaye de Sainte-Croix des terres à Cadigué et Killihernan pour la sépulture de sa femme. D'autres donations, comme la terre de Saoutalarin et la chapelle Saint-Hilaire (actuelle Saint-Eloi), sont confirmées par ses descendants au tournant du XIIe siècle.

    Bien que plus tardives (XVe siècle), des mentions comme « Trévenec en Guiscriff » (1426) et « Langadoret en Guiscriff » (1494), ce dernier signifiant un « lieu consacré à Cadoret », montrent la continuité et l'évolution du peuplement et de la toponymie. Le préfixe « Tré- » (désignant un quartier ou une trêve de paroisse) est également mentionné, comme « Trévenec » (subdivision paroissiale qui a perdu ce statut au XVIe siècle). Le « Moulin de Kerbiquet » est identifié comme un site mésolithique, même s'il est beaucoup plus ancien, il souligne la richesse archéologique du secteur et la longue histoire d'établissement humain.

    Église Saint-Pierre-Saint-Paul de Guiscriff
    L'église paroissiale Saint-Pierre-Saint-Paul de Guiscriff

    Enfin signalons que des villages dépendent de seigneuries religieuses : l'abbaye de Sainte-Croix de Quimperlé (Saint-Eloi, Saoutalarin) et la commanderie des Hospitaliers (Languedoret, Bonne Comtesse, Banalou)...

    L'église paroissiale Saint-Pierre-Saint-Paul a été plusieurs fois reconstruite : la nef remonte au XVIe s. (première travée) et la paroisse possède un exceptionnel réseau de chapelles rurales :

  • Saint-Antoine (XVIe s.)
  • Saint-Eloi (fin XVe s.)
  • Saint-Guénaël (XVIIe s.)
  • Notre-Dame de Locmaria (XVIe s.)
  • Saint-Mathurin (reconstruite XVIIIe s.)
  • Saint-Maudé (fin XVe s.)
  • Saint-Tugdual (XVIIe s.)
  • En 1720, des enterrements clandestins dans la nef sont sources de conflits avec le clergé et l'administration royale.

    Chapelle Saint-Antoine
    La chapelle Saint-Antoine
    Chapelle Saint-Guénaël
    La chapelle Saint-Guénaël
    Une enquête de 1426, faisant partie des « Montres et réformations», liste les nobles et les métayers de Guiscriff, dont Henry Kerangouhuchin, Henry Bernard, Pierre Le Guel, Geffroy Kerancouhuchin et Allain Kergroes. Ces documents sont cruciaux pour comprendre la structure sociale et économique locale à la fin du Moyen Âge. Loc-Maria en Guiscriff, désignant un « lieu consacré à Sainte Marie », illustre le développement des cultes à cette époque.

    Les terres de Guiscriff sont partagées entre la seigneurie des Gournois et celle de Penéhoc et Trefuret. La seigneurie de Gournois, deux tiers de la paroisse, disposait du droit de haute, moyenne et basse justice. En 1522, François du Chastel , par son mariage avec Claudine du Chatelier, dame de Gournois, devient seigneur supérieur de Guiscriff. Les seigneurs de Penéhoc et Trefuret étaient les Toutenoultre au XVe et XVIe siècles.

    Blason des Toutenoultre
    Blason des Toutenoultre sur la chapelle Saint-Antoine

    Langonnet

    La fondation de Langonnet remonte probablement à la vague migratoire bretonne du VIe siècle, sur la base d'un sanctuaire « lann » dédié à un moine ou saint d'origine galloise ou bretonne, comme Conogan ou le moine Gerfred (Saint-Maur).

    Plusieurs mottes féodales apparaissent à la transition du Xe – XIe siècle :

    • Carven près de l'abbaye de Langonnet qui était autrefois entièrement entourée d'eau et reliée à une colline voisine par un pont
    • le manoir de Barrach Siège d'une seigneurie dès 1426),
    • La motte de Kermain donjon de bois probable avec une basse cour comportant four, forge, greniers, sur un tertre de 30 m sur 20 m et 3 m de haut. Celle-ci aurait été occupée du XIe au XIVe voire jusqu'au XVIe quand le manoir a été construit.

    L'abbaye bénédictine de Langonnet

    Abbaye bénédictine de Langonnet
    L'abbaye bénédictine de Langonnet

    L'abbaye bénédictine de Langonnet, bien que ses bâtiments aient été reconstruits entre 1650 et 1780, est bien antérieure. Il est probable que le lieu de l'actuelle abbaye ait été occupé dès le Ve siècle par des Bretons immigrés d' Outre-Manche, peut-être des disciples de saint Conogan. .

    Elle a été fondée le 20 juin 1136 par Conan III, duc souverain de Bretagne et sa mère Ermengarde d'Anjou. « Il y avait là des marais, des tourbières, les cisterciens assainirent, cultivèrent ».
    Abbaye bénédictine de Langonnet
    L'abbaye bénédictine de Langonnet et sa salle capitulaire

    L'abbaye de Langonnet : apogée et déclin

    La prospérité du monastère se manifeste au XIIe siècle par la fondation de l'abbaye-fille de Saint-Maurice de Carnoët. Un aveu daté de 1550 atteste que l'abbaye possédait 82 villages, manoirs, métairies nobles, moulins et forêts dont 63 à Langonnet, 14 à Gourin et 5 au Faouët.

    L'abbaye a été un centre religieux important, et le manoir de Conveau en dépendait en 1426.

    Cependant, au XVIe siècle, l'abbaye subit un déclin avec l'instauration des abbés commendataires (1536), puis d'importants ravages durant les guerres de la Ligue : l'église est transformée en écurie par Guy Éder de La Fontenelle , les biens monastiques sont envahis et les moines chassés (1595–1598).

    Restaurée et réformée au XVIIe siècle, elle adopte en 1670 la stricte observance de Cîteaux. La reconstruction s'étale de 1688 jusqu'à l'incendie de 1788, puis recommence par la suite.

    Néanmoins l'abbaye restera très puissante jusqu'à la Révolution.

    Lors de la Révolte des  Bonnets rouges ou « Révolte du papier timbré », les habitants de Langonnet se soulèvent contre les droits abbatiaux. Le tambour Jean Harscoët est condamné aux galères à perpétuité après la manifestation locale. Déjà en 1665, les cens eux-mêmes avaient été contestés avec l'abbaye de Langonnet et on imposa aux religieux de revenir à « l'ancienne mesure censive de ladite abbaye, savoir celle qui y était il y a présentement cent ans », ce qui revenait à accuser les dignes moines de l'avoir remplacée par une mesure plus profonde, permettant de percevoir des volumes de grains supérieurs...

    Chapelle Saint-Brendan
    Chapelle Saint-Brendan à Langonnet (avec armes des Bouteville)
    Église de Langonnet
    L'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul (XIe siècle, souvent remaniée)
    Église de la Trinité
    L'église de la Trinité à Langonnet (construite entre 1500 et 1568, avec vitraux du XVIe siècle) est un exemple significatif d'architecture religieuse de cette période

    L'étang du bourg de Langonnet était une possession des moines de l'Abbaye en 1754 et est visible sur la carte de Cassini (XVIIe siècle). La présence des armes des Bouteville sur le mur de la chapelle Saint-Brendan à Langonnet témoigne de l'influence de familles nobles locales. Un autre ancien manoir, Crondal ou Cromear, est daté du XVe siècle. Le manoir de Barrach, qui était le siège d'une seigneurie, appartenait à la famille du Bot en 1426, puis à la famille Quelen en 1447, seigneurs du Vieux Castel, et Leroux de Kerouasté (en 1659).

    Les toponymes Leurven et Parcalis étaient des possessions de l'abbaye de Langonnet. Des moulins y sont également attestés.

    Histoire du Faouët - De l'apogée de l'abbaye à la fin de la baronnie (XVIe - XVIIIe siècle)

    Épidémies et structuration du Faouët


    L'épidémie de peste touche la Bretagne en 1348 puis au XVe siècle (en 1404, 1412-1413 jusqu'en 1503). La population estimée à 1 ou 1,1 million d'habitants vers 1390, descend à 850 000 en 1430 ! (4000 habitants à Vannes). Des brigands et mercenaires étrangers sont mentionnés en Bretagne à la fin de la guerre de Cent Ans et à la fin du XVe siècle.

    Calvaire de Bonigeard
    Calvaire de Bonigeard (Meslan) avec colonnes couvertes de « bubons » en remerciement d'avoir été épargné par la peste

    Le Faouët continue de se structurer autour de son centre seigneurial et religieux, s'inscrivant dans les évolutions de la Bretagne ducale puis provinciale. Le servage disparaît, même si la quévaise et d'autres formes de tenure (concession d'une terre, en vertu duquel une personne n'en possède que la jouissance) en basse-Bretagne peuvent s'en rapprocher.

    Le Faouët est décrit comme une « cité », où se trouvait un artisanat très complet (cordonniers, menuisiers, taillandiers, tailleurs de pierre, chapeliers, serruriers, marchands de cribles, chaudronniers, ferblantiers , marchands de poteries, de laine, de graines, cloutiers, maçons, et mégissiers ou sabotiers, etc.) et un maillage commercial important (aubergistes, débitants de boissons et tabac, bouchers, boulangers, épiciers, merciers).

    Famille Du Fresnay
    La famille Du Fresnay
    Manoir du Diarnelez
    Le manoir du Diarnelez

    Le manoir du Diarnelez, une autre propriété seigneuriale, appartenait à la famille Boutteville en 1542, passa ensuite à la famille Du Fresnay en 1682. Le manoir de Villeneuve fut possédé au XVIIIe siècle par Nicolas-François de Fresnayy (1653-1715), Marquis du Faouët, chevalier, vicomte de Meslan et Angélique du Quengo (1668-) et continue d'être associé à cette famille quand l'ancien chancelier Maupeou y fut exilé en 1774.

    Les cultures principales incluaient probablement le froment, le seigle et l'avoine, le blé noir, comme en témoignent les mentions de moulins à grains. Le cidre était également une production importante, avec des champs garnis d'arbres à fruits. L'élevage de bêtes à cornes était le principal commerce au Faouët.

    La poussée démographique de la fin du XVe siècle s'accompagne de la remise en culture des friches, ainsi que de la mise en place de talus et de fossés, faisant ainsi progresser les zones de bocage sur les zones de champs ouverts, un déboisement plus intensif et la progression et l'exploitation de landes et prés pour le bétail.

    Les « domaines congéable » et la « quévaise » étaient des modes d'exploitation des terres spécifiques à la Bretagne, influençant les relations entre seigneurs et paysans.

    Liens avec l'Irlande

    Après avoir dissout les monastères irlandais en 1539 et redistribué les biens du clergé aux chefs gaéliques, Henri VIII , roi d’Angleterre protestant, se fait proclamer roi d’Irlande en 1541 et commence ainsi "l’anglicisation" du pays. En 1641, la rébellion contre les colons s’organise dans tout le pays et de nombreux mercenaires irlandais retournent chez eux dans le but de récupérer leurs terres. Mais à partir de 1649, Cromwell débarque près de Dublin avec sa cavalerie forte de 20 000 vétérans, surnommés "Côtes de Fer", afin de mater cette rébellion. C’est le début d’une longue série de massacres dont sont victimes des milliers d’Irlandais catholiques. Du fait de sa proximité, la Bretagne représentait une terre d’asile idéalement située et il ne faut pas s’étonner de rencontrer autant "d’Hibernois" (Irlandais) à cette période dans notre région et notamment à Priziac.

    Économie, noblesse et imprimerie

    La manufacture de toiles « bretagnes » était une activité économique importante dans le centre de la Bretagne, probablement aussi au Faouët.

    La noblesse bretonne, définie par des « réformations et montres , comprenait les Boutteville, du Fresnay, Goulaine, Combout, et de Laigue, etc. Ils détenaient des seigneuries, des manoirs, des châteaux et des droits féodaux, y compris l'institution de sergents et prévôts féodés. Les couvents et abbayes comme ceux de Langonnet étaient d'importants propriétaires fonciers et détenteurs de revenus, tandis que les prêtres, souvent avec de faibles revenus, étaient au cœur de la vie paroissiale et de la famille jusqu'à la Révolution. Les paysans traversaient une période de misère et les relations entre seigneurs et paysans étaient parfois conflictuelles, notamment autour des congéments (procédures de résiliation de baux).

    L'imprimerie arrive dès 1484 en Bretagne. La montée en puissance de l'administration et de la juridiction dans la cité du Faouët a entraîné le développement de moulins à papier dans le secteur pour répondre à la demande croissante.

    Bien que datés du XVIIIe siècle dans les sources (moulin de Jehan de Tancarville au Sterou à Priziac vers 1770 produisant 2 000 tonnes de papier par an, deux moulins sur l'Ellé appartenant à la seigneurie du Faouët affermés en 1766), leur développement, lié à l'émergence d'une administration locale suffisante, a dû commencer ou s'intensifier dès les XVIe et XVIIe siècles. Le papier produit s'exportait via les ports de Morlaix ou Hennebont.

    Guy Éder de La Fontenelle : le « capitaine de la Mort »

    Intégrée à la France en 1532, la Bretagne est profondément éprouvée par les Guerres de Religion, dites Guerres de la Ligue (1588-1598). La région est directement touchée par la huitième guerre de Religion, marquée à la fin du XVIe siècle par la figure terrifiante de Guy Eder de La Fontenelle, surnommé le « capitaine de la Mort ».

    Établi dans son repaire en forêt de Laz, il écume la région des montagnes Noires. À la tête d'une bande de brigands qu'il a organisée, il pille les bourgades et réduit les habitants en captivité pour exiger des rançons.

    « Ces crimes, ces perfidies jetèrent la terreur dans toute la contrée ; aussi devint-il plus hardi, il étendit le cercle de ses ravages, allant jusque dans les évêchés de Saint-Brieuc et Tréguier. »

    En 1595, délogé de Corlay, il s'empare du château de Cremenec (XVe siècle), situé non loin de là à Priziac et aujourd'hui disparu. Cette forteresse, qui appartint successivement aux familles Kermain (1441), Esmes, Talhouët de Kerservant (1510) et Volvire (1650), sert alors de base à ses opérations.

    rançons.

    Guy Éder de La Fontenelle occupe les lieux jusqu'en 1602. Après avoir saccagé Douarnenez avec 500 hommes (1594), traînant à sa suite de malheureux prisonniers, il les enferme dans ce château dans des conditions atroces. Condamné pour ses forfaits, il sera supplicié et exécuté le 29 septembre 1602, place de Grève à Paris, à l'âge de 28 ans.

    Château de Créménec
    Le château de Créménec (Priziac), base des opérations de Guy Éder de La Fontenelle

    La Révolte des Bonnets rouges (1675)

    Au XVIIe siècle, la commune de Lanvénégen et surtout sa chapelle  St Urlo est citée pour avoir participé à la « Révolte des  Bonnets rouges » ou « Révolte du papier timbré » survenue en juin-juillet 1675 (À Spézet, le 30 juin, le 6 juillet à Carhaix, le 7 à Callac, le 12 à Saint-Hernin et Guémené, le 15 à Gourin et le 31 à Guiscriff).

    Chapelle Saint-Urlo
    La chapelle Saint-Urlo (Lanvénégen)

    Alain Maillard, prêtre de la trêve de Saint-Urlo, est jugé pour avoir excité la foule « sous prétexte d'une imposition imaginaire de gabelle » ; la répression royale est violente (amendes, pendaisons). Le 14 juillet, les paysans allaient contraindre l'abbaye de Langonnet à accepter de ne lever « aucunes dîmes de blé noir ». Cette révolte a touché diverses régions de Bretagne, et est considérée comme une manifestation de la résistance bretonne face à la centralisation royale.

    Chapelle Saint-Urlo
    Parcours de l'armée du duc de Chaulnes : triangle vert=clocher rasé par les troupes du roi

    Les derniers barons de Goulaine et Anne de Goulaine

    Claude II de Goulaine, le dernier des barons de Goulaine, quitta Le Faouët en 1598 (année d'une grande peste dans notre région) et démembra le domaine et vendit séparément les différentes parties. Sébastien Du Fresnay de Coetcodu, conseiller du roi au Parlement de Bretagne originaire de Langoëlan, lui acheta en 1644 le château du Faouët et de nombreuses terres.

    Anne de Goulaine naît le 20 septembre 1599 au château de Poulmic , résistera aux pressions de ses parents de la marier pour se consacrer à Dieu. Ce sera possible après la mort de son père. Elle prononce ses vœux le 27 juin 1631 au couvent de Morlaix et, suite aux miracles et stigmates, sera traitée comme une sainte et appelée la « demoiselle du Faouët ».

    Devant les défaites successives face aux espagnols, le Cardinal de Richelieu décide d'implorer la protection divine par l'intermédiaire de la Vierge Marie et demande aux Filles du Calvaire de Paris et particulièrement à la « demoiselle du Faouët » de l'aider par leurs prières, cela se révéla efficace !
    Couvent des Ursulines
    "demoiselle" du Faouët

    Dans le courant de 1637, le roi Louis XIII déclare « se mettre personnellement, lui et son peuple, sous la protection de la Vierge Marie » et que, chaque année, au jour de l'Assomption, on en fasse mention au cours de la messe principale et que se déroule une procession solennelle en l'honneur de la Vierge Marie. L'église du Faouët décide d'être sous le patronage de Notre-Dame de l'Assomption, reconnue première patronne de la cité depuis le 18 novembre 1875.

    René et Sébastien Du Fresnay

    Par son acquisition, René du Fresnay, seigneur de Coëtcodu, devient baron du Faouët et seigneur de Barrégan. À ces titres, il ajoute un autre pour la Baronnie, celui de vicomte de Meslan : « Seigneur fondateur de la chapelle de Saint-Patern (1653), René du Fresnay, chevalier de l'Ordre du Roi, Vicomte de Meslan, Baron du Faouët et de Barrégan », titre qui sera porté par ses successeurs jusqu'à la Révolution de 1789.

    Son successeur, Sebastien Du Fresnay, est conseiller du Roi en son Parlement de Rennes dès 1651. Avec Anne Pétau, sa première épouse, ils sont les fondateurs du couvent des Ursulines du Faouët, en 1658 (congrégation de religieuses enseignantes, fondée en 1535 en Italie par Angèle de Mérici). Sur le plan de l'instruction et de l'éducation des jeunes filles dans le pays, comme dans bien d'autres régions, il y avait un immense vide à combler. Elles quitteront cet établissement au 2, rue Poher pour le nouvel édifice que l'on connait en 1679 avec des travaux réalisés entre 1681 et 1697.

    Couvent des Ursulines
    chapelle du couvent des Ursulines du Faouët

    Les seigneurs du Faouët et leurs droits

    Couvent des Ursulines

    Les seigneurs du Faouët percevaient de nombreux droits et taxes dont un droit de passage sur les ponts permettant d'accéder à la ville : le pont Dynam à l'ouest, le pont de la Coutume au sud et le pont Tanguy à l'est.

    Couvent des Ursulines

    Les héritiers de la famille du Fresnay conserveront la baronnie jusqu'à la fin de l'Ancien Régime.

    Hubert-Mathieu du Fresnay : un ancêtre héroïque (1342)

    Remontons en 1342, pour retrouver un ancêtre des du Fresnay, Hubert-Mathieu , chevalier du parti de Montfort durant la guerre de Succession de Bretagne. À l'attaque du château de La Roche-Piriou, menée par son capitaine Gauthier de Mauny, Hubert est très sérieusement blessé et on le transporte sur un pré qui borde l'Ellé. Imprudence car il est immédiatement fait prisonnier par René de Malain, commandant le château. Il est ensuite livré au comte Charles de Blois qui assiégeait la forteresse d'Hennebont.

    Couvent des Ursulines

    Louis d'Espagne, principal lieutenant de Charles de Blois, réclame Hubert du Fresnay pour le faire pendre devant ses compagnons assiégés, au grand désespoir de Charles de Blois ; il voulait ainsi venger la mort de son fils et celle de ses gens d'armes, près de trois mille Espagnols et Génois, tombés tout récemment dans les landes de Quimperlé sous les coups des partisans de Jean de Montfort .

    Fort heureusement, Hubert du Fresnay est délivré in extremis par son capitaine, Gauthier de Mauny, lors d'une sortie hasardeuse de ce dernier hors de la forteresse et ramené à bride abattue à l'intérieur des remparts...

    Les derniers Du Fresnay et la famille d'Argouges

    Sebastien du Fresnay se marie (3e fois !) avec la fille du seigneur de Pontcallec, Louise de Guer, veuve elle-même de René de Tinténiac, seigneur de Quimerc'h (en Bannalec).

    Nicolas-François, son successeur, épouse, le 10 mars 1681, Jacquette Guégant à Gourin. C'était la fille du seigneur de Kerbiquet, messire Claude Guégant. Les Guégant étaient de très ancienne noblesse ayant donné leur nom à la châtellenie du Kemenet-Guégant, créée au XIe siècle en faveur de Guégant, deuxième fils de Piriou, celui qui avait construit La Roche-Piriou en 1025...

    Tableau de la chapelle Sainte-Barbe
    Tableau de la chapelle Sainte-Barbe : l'accident de la jeune baronne du Faouët

    La jeune baronne du Faouët avait à peine dix-sept ans quand lui survint un terrible accident que représente un tableau de la chapelle Sainte-Barbe sur lequel la jeune épouse passe sous les roues de son carrosse tandis que ses gens implorent sainte Barbe. Leurs prières furent exaucées et la baronne et l'enfant qu'elle attendait seront sauvés !

    Marie-Claude et Gabriel de Kergorlay

    Marie-Claude, seule descendante, l'enfant du miracle, épouse Gabriel de Kergorlay en 1702. Ce dernier fait construire, en 1715, près des Halles la chapelle de la Congrégation (qui doit son nom à une congrégation d'hommes qui s'y réunissaient périodiquement).

    À la mort de la Baronne en 1723, la succession passa à son oncle René-André René-André du Fresnay, appelé « Seigneur Abbé du Faouët ». Il n'appartenait cependant pas au clergé de la paroisse ; il n'exerçait aucun ministère. Il tenait une grande place au manoir du Diarnelez et y commandait en maître ! Il mourut en 1740 avoir eu des affaires très embrouillées, car, en 1737 et 1738, une saisie judiciaire sur les terres et seigneuries du Faouët, Barrégan, Meslan et Kerlen, les fit passer à messire René-Théophile de Maupeou, marquis de Sablonnière, colonel du régiment de Bigorre et inspecteur général d'infanterie.

    Chapelle de la Congrégation
    La chapelle de la Congrégation (construite en 1715)

    La population urbaine et l'éloignement du château

    La population urbaine s'accroît à l'intérieur des "remparts" (quelques zones protégées apparemment) de la cité (2 000 sur la commune en 1667), dont quelques vestiges subsisteront jusqu'au XXe siècle : tourelles de la rue Poher, murailles épaisses au jardin du presbytère. Enfin, l'ouverture des routes y aidant, les habitants abandonnent le centre de la cité aux commerçants et bâtissent, de part et d'autre des routes, notamment vers le nord-ouest et de ce fait, ils s'éloignent du château et de ses occupants, se libèrent de la tutelle du Baron, qui est souvent absent du Faouët en ce XVIIIe siècle...

    La fin de la baronnie

    La gestion de plus en plus désastreuse du seigneur Abbé allait déclencher la saisie et la vente par adjudication, pour un montant de 272 000 livres, de tous les biens de la Baronnie. Un arrêté du Parlement de Rennes, en date du 10 juillet 1738, reconnaissait en la personne du Marquis René-Théophile de Maupeou seigneur du Diarnelez et de Poulleriguin, l'acquéreur légal de la Baronnie du Faouët et de toutes les terres qui en dépendent.

    Le marquis de Maupeou ne devait pas conserver bien longtemps la Baronnie du Faouët. À la mort de l'Abbé René-André du Fresnay, la vente faite au châtelain du Pese fut annulée, en vertu du droit de retrait lignager (annule la vente au membre d'un autre lignage en remboursant à l'acquéreur le prix d'achat de celui-ci), sur la requête de Charles-Louis d'Argouges dont la mère Catherine-Charlotte d'Ernothon, était la propre nièce du seigneur Abbé du Faouët.

    La famille d'Argouges : derniers seigneurs

    Charles-Louis d'Argouges devint seigneur du Faouët, de Barrégan et de Meslan en 1746 et mourut en 1787. Sa fille Marie-Louise-Victoire d'Argouges épouse en 1788 Charles-Claude-Ollivier de Montreuil, il sera le dernier seigneur du Faouët.

    Famille d'Argouges
    La famille d'Argouges

    La conspiration de Pontcallec (1717-1720)

    Le début du siècle est marqué par l'affaire de Pontcallec (1717-1720). Cette conspiration, qui s'est déroulée sous la Régence (1715-1723, prise du pouvoir par Philippe, duc d'Orléans car Louis XV était trop jeune), a impliqué le marquis de Pontcallec en Berné (Chrysogone-Clément de Guer, né en 1679 à Rennes). Bien que le marquis de Pontcallec lui-même fût exécuté à Nantes en 1720, son histoire et celle de la conspiration dont il est devenu la figure emblématique, connurent une grande postérité et devinrent un sujet de controverses et de récits tout au long du XVIIIe siècle. Sa mémoire devint rapidement subversive.

    Armoiries de Pontcallec
    Armoiries de Pont-Callec

    Organisation paroissiale : le « Général de Paroisse»

    En effet, un embryon administratif se constitue autour d'un « Général de Paroisse », sorte de collège de membres élus parmi les paysans aisés, les commerçants et les bourgeois pour 3 ans pour :

  • Établir la liste des personnes soumises aux impôts
  • Déterminer la quote-part de chacun
  • Veiller à la rentrée de ces impôts
  • Assumer les travaux de voirie ainsi que celle de l'ordre public
  • Gérer également les biens d'église

  • L'église paroissiale du Faouët

    L'église paroissiale du Faouët fait l'objet de mentions dès 1446, mais des éléments plus anciens (porte intérieure occidentale) témoignent d'une première église vraisemblablement bâtie entre le XIIIe et le XIVe siècle. Profondément remaniée à la fin du XVe siècle par la famille Bouteville, barons du Faouët, elle adopte alors :

    Ses grandes arcades à piliers ronds et polygonaux,
    La tour-clocher-porche
    Le porche sud
    La nef gothique à grandes proportions dont le chœur polygonal date du XVIe siècle
    Elle a subi d'importantes restaurations en 1743 où sa tour carrée en moellons amortie en ardoises très originale fut construite, et en 1756, construction négociée par le « général de la paroisse », au-dessus de l'ossuaire de l'église paroissiale, d'une tour carrée accolée au clocher destinée à recevoir une horloge avec ses poids.

    Armoiries des Bouteville
    Armoiries et gisants des Bouteville à l'église
    Armoiries des Bouteville
    Armoiries et gisants des Bouteville à l'église
    Église du Faouët
    L'église paroissiale du Faouët

    La « fabrique » : gestion paroissiale

    Au sein de la paroisse, la « fabrique » » (l'ensemble des artisans et ouvriers spécialisés dans la confection de vêtements et objets liturgiques) jouait un rôle essentiel dans la gestion des biens et revenus, incluant les offrandes et dons. Elle était responsable :

    • De l'entretien de l'église, des chapelles, du cimetière et du presbytère
    • De porter assistance aux pauvres (comme l'atteste la prise en charge d'un enfant trouvé en 1721 à Meslan, dont la pension était fixée par la fabrique)
    • De l'entretien des routes et du transport en charrette des troupes et de leur matériel à partir de 1747
    • D'intermédiaire pour l'administration fiscale en désignant des collecteurs d'impôts

    Corvées et vie quotidienne

    La population paysanne était soumise aux corvées seigneuriales, souvent remplacées par une taxe. À cela s'ajoutait la corvée des grands chemins, généralisée en 1738, pour la construction et l'entretien des routes royales. Tous les hommes valides de 18 à 50 ans devaient fournir gratuitement deux journées de travail par an pour aplanir les routes, une obligation mal acceptée.

    C'est la fin de l'époque du transport du goémon pour fertiliser les terres de nos communes. En novembre 1730, notons une épidémie de dysenterie.

    Philippe Le Normand : le rétameur prophète

    Un personnage célèbre du Faouët était Philippe Le Normand, vers 1750. Ce pauvre mais honnête homme n'était pas un mendiant, c'était un rétameur de son métier.
    Il était attendu dans les chaumières avec impatience à cause des histoires qu'il ne manquait pas de raconter. Il avait la réputation de prédire l'avenir.

    Toutes ces prédictions de Philippe Le Normand arrivaient systématiquement. Il a même prédit la révolution, la guerre 14-18... Elles sont transmises de bouche à oreille depuis le XVIIIe siècle, ont été empruntées à différentes sources et passaient d'une génération à l'autre, en langue bretonne, car on n'en connaissait pas d'autre, hormis dans les milieux de l'église, de la noblesse et de la bourgeoisie de robe.

    Elles abordent des thèmes très éloignés les uns des autres et concernent des événements qui se sont succédés dans le temps, du XVIIIe au XXe siècle. Troublantes et curieuses prédictions s'il en est, à l'image de certaines, parmi celles de Nostradamus...


    Marion du Faouët : la brigande célèbre

    Marion du Faouët
    Marion du Faouët (1717-1755)

    Au XVIIIe siècle, cette petite ville devient célèbre par les activités de Marion du Faouët (1717-1755) (Marie Tromel), chef d'une bande de brigands, dont les « exploits » se situent entre 1725 et 1755, date de son exécution place du Bouffay à Nantes, plus particulièrement entre 1745 et 1755 où sa bande de voleurs ont sévi de Carhaix à Pontivy, voire même à Rennes et Quimper.
    En 1743 elle avait attaqué le presbytère de Le Saint. En 1752, Corentin, son frère qui résidait à Ty Poder au Faouët, tue le meunier de Pont Briand, Jean Henry... Cela montre que la région était encore marquée par la violence et la misère à cette époque, un contexte social qui a pu persister depuis le XVIIe siècle, malgré la notion d'un « âge d'or » général pour la Bretagne. Les conditions météorologiques furent en effet difficiles comme l'hiver glacial de 1709.

    Sentence contre Marie Tromel dite Marion — 6 octobre 1753
    Sa mémoire locale, transmise oralement, était particulièrement vivace au Faouët et dans ses environs. Son frère Corentin et ses complices poursuivront leurs agressions et leurs vols jusque vers 1770. Ce ramassis de malfaiteurs prendra le nouveau nom de « Compagnie de Marion du Faouët ».
    Marion du Faouët
    Marion du Faouët (1753)

    L'agglomération du Faouët au XVIIIe siècle

    L'agglomération du Faouët dépasse alors le millier d'habitants comme ses voisines de Gourin et Guémené. La place des Halles est entourée de constructions à piliers permettant d'en faire le tour sans être mouillée !

    La dernière maison à piliers de l'agglomération, située rue du Château, sera détruite dans les années 1950...

    Halles du Faouët
    Maison de Marie Tromel
    Maison à piliers
    Maison à piliers rue du Château
    Maison à piliers
    Villes en 1780