Les Cahiers de doléances et la Révolution
Dans les Cahiers de doléances , décidés par Louis XVI, s'expriment les souhaits des électeurs du royaume. Pour le Faouët, il s'agit :
- D'être érigé en une vraie municipalité
- De la création d'un collège à Quimperlé
- Surtout de la suppression du domaine congéable (comme beaucoup de paroisses rurales)
- De la baisse des impôts
- Du retour à la règle primitive de leur Ordre pour les religieux
- De la juste représentation dans les assemblées... etc
Le mardi 31 mars 1789, se tient à la chapelle de la Congrégation, l'assemblée du Général de la paroisse et de tous les habitants formant le Tiers État. Ils élisent 12 membres qui se retrouvent au même lieu le 2 avril pour y rédiger le cahier de doléances de la paroisse...
La Révolution française
En 1790, la cité du Faouët est établie en commune et, fait rare pour une localité rurale, en chef-lieu de district de 1790 à 1795, du nouveau département du Morbihan. Ce district, composé de 17 communes, s'étendait des deux côtés de la rivière Ellé.
Composition du district du Faouët
- Communes à l'ouest de l'Ellé : Gourin, Roudouallec, Le Saint, Guiscriff, Lanvénégen, Locunolé, Langonnet, Plourayet La Trinité
- Communes à l'est de l'Ellé : Priziac, Saint-Tugdual, Le Croisty, Kernascléden, Saint-Caradec-Trégomel, Berné, Lignol et Ploërdut, Langoëlan.
Une ascension administrative fulgurante, qui place Le Faouët au cœur d'un espace politique, judiciaire et militaire nouvellement dessiné. Cette même année, le Parlement de Bretagne fut aboli. La Bretagne n'accepte pas le sort réservé à la religion catholique.
Population en 1790 : comparaison avec 2023
| Commune | Population 1790 | Population 2023 |
|---|---|---|
| Le Faouët | 2 470 hab. (538 actifs/éligibles) | 2 814 hab. |
| Gourin | 3 200 hab. (488 actifs/éligibles) | 3 960 hab. |
| Langonnet | 3 300 hab. (755 actifs/éligibles) | 1 930 hab. |
| Guiscriff | 2 637 hab. (293 actifs/éligibles) | 2 037 hab. (5 896 en 1921 !) |
| Lanvénégen | 1 447 hab. (146 actifs/éligibles) | 1 145 hab. |
| Le Saint | 1 606 hab. (124 actifs/éligibles) | 612 hab. |
| Roudouallec | 850 hab. (122 actifs/éligibles) | 722 hab. |
| Priziac | 2 058 hab. (161 actifs/éligibles) | 1 037 hab. |
| Ploërdut | 3 672 hab. (499 actifs/éligibles) | 1 255 hab. |
| Meslan | 1 543 hab. (243 actifs/éligibles) | 1 479 hab. |
| Lignol | 1 816 hab. (104 actifs/éligibles) | 861 hab. |
| Berné | 1 641 hab. (98 actifs/éligibles) | 1 551 hab. |
Le Faouët, phare républicain
Alors que la Bretagne s'enfonce dans le chaos de la Chouannerie , Le Faouët se distingue par son zèle républicain. Contrairement à la campagne environnante, profondément catholique et attachée à l’Ancien Régime, la ville s'affirme comme un phare des « idées nouvelles ».
Selon un rapport de 1798, la commune aurait « constamment été dans les meilleurs principes depuis le début de la Révolution », refusant l'asile aux prêtres réfractaires et n'ayant vu aucun de ses habitants rejoindre les rangs des Chouans !
Ce choix politique s'incarne dans des figures comme Jean-Marie Bargain , commissaire du district, qui applique sans faiblesse les décrets révolutionnaires, notamment la vente des biens nationaux — anciennes propriétés ecclésiastiques et nobiliaires suite à la Constitution Civile du Clergé du 12 juillet 1790. Ces mesures, bien accueillies par la bourgeoisie locale, déclenchèrent la colère des « milices royalistes ».
Les trois attaques chouannes du Faouët
Cela déplait particulièrement aux chouans et la ville du Faouët est attaquée à trois reprises :
La Chouannerie (1794-1800)
La Chouannerie est quasi permanente entre 1794 et 1800, avec des effectifs relativement importants et augmentant progressivement.
Georges Cadoudal (1771-1804)
Georges Cadoudal (né à Brec'h le 01/01/1771 et guillotiné le 25/06/1804), rallia le Morbihan autour de lui après la déroute de Savenay
(23 décembre 1793). Malgré une adhésion initiale d'une large part de la population rurale au processus révolutionnaire en 1789-1790, des attitudes anti-révolutionnaires augmentèrent par la suite.
Les chouans ont l'avantage de mieux connaître la région, l'absence de grandes voies étant totale, les chemins de traverse sont utilisés pour relier les bourgs. Par exemple, pour se rendre de Langonnet au Faouët, on empruntait un chemin de traverse vers Priziac, puis la grande route jusqu'à l'Ellé, traversant au Grand Pont.
Exactions et violences
Suite aux atrocités commises par les bleus, les chouans répondent par la violence :
- À Meslan, en 1791 : Les Chouans tuent l'officier municipal Louis Trouboul, pillent des maisons, arrachent l'arbre de la liberté, tuent le greffier Étienne Jamet.
- Décembre 1795 : Un boucher du Faouët, qui approvisionnait les troupes casernées au Faouët, disparaît à Priziac et est retrouvé mort.
- Meslan : La commune est « soulagée » de 600 livres en contributions par les Chouans. Dans la nuit du 17 au 18, des Chouans pillent les demeures des citoyens Diecant (recteur constitutionnel) et Jamet (secrétaire-greffier de la municipalité) et arrachent l'arbre de la Liberté le 9 janvier 1795.
- Priziac : Un « notable » de Kervéno en Priziac, Laurent Le Maout (38 ans), est abattu par les Chouans après qu'ils aient prélevé l'argent et les armes qu'il possédait.
- Lignol : Corentin Le Floc'h, maire de Lignol, est assassiné par les Chouans en novembre 1794.
- Langonnet : La commune connaît une rébellion et l'abbaye (dont les religieux sont expulsés en février 1791, biens ont été vendus aux enchères comme biens nationaux dès mars) est occupée par les Chouans en 1795.
Les mésaventures d'individus comme Guillaume Guillemot et l'assassinat de Nicolas Yves Le Clech (qui avait été élu juge de paix du canton du Faouët) sont rapportées. Le prêtre constitutionnel Étienne Jamet, natif et installé à Guiscriff, sera finalement assassiné par les chouans...
Clivages politiques et premières institutions
En 1791, un bureau de poste voit le jour au Faouët. Les clivages politiques se dessinent clairement :
- Lanvénégen est franchement républicaine
- Le Faouët, Guiscriff et Langonnet oscillent entre les deux camps
- Priziac, Meslan, Berné et Le Saint votent massivement conservateur
Une école modeste existe au Faouët depuis 1791, fréquentée par les enfants de la ville.
La destruction des armoiries (1790-1793)
En juin 1790, l'Assemblée Constituante avait ordonné la destruction des armoiries et autres signes qui, sur les édifices publics et les maisons particulières, rappelaient le régime féodal aboli.
Le procureur syndic du Faouët, François-Hyacinthe BARGAIN, s'en vint perquisitionner au château de Pontcallec fin février 1793 : « j'y ai trouvé une infinité d'armoiries, tant dans les boiseries que dans les vitres et, dans les caves, toutes les armoiries qu'on avait ôtées avec soin de l'extérieur. J'ai fait supprimer et briser ces bijoux de l'orgueil féodal. Ai trouvé aussi des cloches armoriées qui vont être transportées au directoire et je vais faire fermer les églises et chapelles où il n'y a pas de prêtre assermenté... ».
Le décret du 14 septembre 1793 ordonnera aux officiers municipaux de supprimer les armoiries dans les églises dans le délai d'un mois sous peine de destitution.
La levée de 300 000 hommes (1793)
Le 24 février 1793, la Convention décide une levée de 300 000 hommes pour alimenter les différentes armées en guerre, en priorité sur les célibataires de 18 à 40 ans.
| Commune | Contingent |
|---|---|
| Le Faouët | 9 hommes |
| Meslan | 7 hommes |
| Lignol | 10 hommes |
| Saint-Caradec | 6 hommes |
| Ploërdut | 30 hommes |
| Langonnet | 25 hommes |
| Gourin | 22 hommes |
| Le Saint | 12 hommes |
| Roudouallec | 9 hommes |
| Berné | 9 hommes |
| Langoëlan | 12 hommes |
| Plouray | 12 hommes |
| Lanvénégen | 10 hommes |
| Priziac | 16 hommes |
| Guiscriff | 24 hommes |
| Locunolé | 3 hommes |
| Saint-Tugdual | 9 hommes |
Dès le 15 mars, un peu partout, les jeunes paysans refusent catégoriquement de « tirer au sort » ; ils protestent avec violence contre les exemptés du tirage comme le sont les gardes nationaux et les agents de l'administration déjà largement bénéficiaires par ailleurs des faveurs du nouveau régime.
À Plouray, Langoëlan, Ploërdut, Meslan et Lignol, des jeunes gens forcent les portes des salles où siège la commission chargée du recrutement. Ils brûlent les registres-contrôle, renversent tables et chaises et obligent les commissaires à s'en aller.
247 hommes seront finalement recrutés sur le district du Faouët, mais par exemple, Roudouallec a recruté des jeunes gens incapables de servir, et puis, très bientôt, des déserteurs seront signalés à Guiscriff, Gourin, Langonnet...
Encore faut-il les habiller : le 6 mars, c'est une véritable rafle chez tous les commerçants du district.
La levée en masse (23 août 1793)
Le 23 août 1793, la Convention décrète la levée en masse :
« Tous les Français sont en réquisition permanente pour le service des armées. Les jeunes gens (de 18 à 25 ans) iront au combat ; les hommes mariés forgeront les armes et transporteront les subsistances ; les femmes feront des tentes, des habits et serviront dans les hôpitaux ; les enfants mettront le linge en charpie ; les vieillards se feront porter sur les places publiques pour exciter le courage des guerriers, prêcher la haine des rois et l'unité de la République. »
Le clivage religieux : prêtres jureurs et réfractaires
À Le Faouët, le recteur Mathurin Bertho prête serment à la nation, devenant un prêtre jureur, tandis que Jean-Claude Conan, François Le Garrec et Henri Le Coguiec, directeur des Ursulines, refusent et deviennent « réfractaires ». Ce clivage religieux alimente les tensions.
Dans tout le Morbihan, il est impossible d'imposer la messe des prêtres constitutionnels aux paysans, profondément attachés à leur foi traditionnelle. La religion catholique, hors la loi, devient un acte de résistance.
- À Meslan : le recteur Duparc et le curé Guillaume Le Moing refusent le serment à la Constitution civile du clergé en 1791.
- À Berné : le recteur Morgant, rétractant son serment, sera un fidèle serviteur de la foi et de ses administrés, se cachant dans des trous qu'il partagera avec son neveu, Jean Salvar. Il sera assassiné par des républicains en 1794.
- À Guiscriff : en 1791, le recteur Guillaume Hervé refuse le serment constitutionnel.
La fin du district et le Prieuré de Pontbriand
En 1800, Le Faouët cessa d'être chef-lieu de district pour faire partie de l'arrondissement de Pontivy. La suppression des districts et de leurs tribunaux, effective depuis l'an IX (1801), entraîne une perte d'importance pour Le Faouët en tant que simple chef-lieu de canton. Les cantons de Priziac, Kernascléden et Lanvénégen sont supprimés. Berné est rattaché au canton du Faouët, qui regroupe alors Guiscriff, Lanvénégen, Priziac, Meslan, Berné et Locunolé.
Le Prieuré de Pontbriand
Le Prieuré de Pontbriand, issu d'une donation faite au XIIe siècle par Tanguy I, vicomte de Gourin , aux Bénédictins de l'Abbaye de Sainte-Croix de Quimperlé, se situe plus à Saint-Gilles (Le Saint) avec sa chapelle, le logis du prieur, mais ses dépendances immédiates sont sur Le Faouët. Il servait autrefois de refuge et d'étape pour les pèlerins et les malades circulant dans cette vallée. Il fut confisqué le 4 avril 1791.
La chasse aux réfractaires
La chasse aux réfractaires encouragée par les prêtres constitutionnels et par la bourgeoisie maîtresse du pouvoir local, débute contre ceux qui refusent de quitter la France. Malgré les risques encourus, un petit groupe de prêtres, déguisés en paysans, continuent à exercer leur ministère sacerdotal dans les campagnes, dormant le jour, et employant la nuit à célébrer les offices ou à administrer les sacrements, changeant sans cesse de domicile et de costume.
Les Ursulines du Faouët durent quitter leur maison le 1er octobre 1792 (on laissa seulement à chaque religieuse un lit, deux draps, un couvert et une somme de six livres). Les biens confisqués au clergé y sont entreposés, un coin servira même de prison.
Vente des Biens Nationaux
Les biens confisqués, notamment ceux du clergé et des émigrés, continuent d'être vendus. La vente aux enchères des ornements, lingerie et autres objets enlevés aux églises et chapelles du district a eu lieu au Faouët du 20 juin au 2 juillet 1794. Les bâtiments aussi, le presbytère de Langonnet, par exemple, est affermé puis vendu en 1807.
Les ventes des biens nationaux se poursuivront en 1799 et au-delà. François-Hyacinthe BARGAIN est acquéreur de la métairie d'En-Bas de Coat-Huet (Priziac), du lot du château de Kermérien (Saint-Caradec).
Des terres et tenues à La Trinité (Kerourgant, Craobraz, Broustal) et Gourin, ainsi que la métairie du manoir de Conveau, changent de propriétaires
En 1800, Le Faouët cessa d’être chef-lieu de district pour faire partie de l’arrondissement de Pontivy, la suppression des districts et de leurs tribunaux, effective depuis l‘'an IX (1801), entraîne une perte d’importance pour Le Faouët en tant que simple chef-lieu de canton. Les cantons de Priziac, Kernascléden et Lanvénégen sont supprimés. Berné est rattaché au canton du Faouët, qui regroupe alors Guiscriff, Lanvénégen, Priziac, Meslan, Berné et Locunolé.
Demande de rattachement au Finistère (1801)
En avril 1801, le conseil général du Finistère, appuyé par le Conseil d'arrondissement de Quimperlé, demande le rattachement au Finistère des communes du Faouët, Locunolé, Guiscriff, Lanvénégen, Gourin, Le Saint et Roudouallec. Ceci prouve le mal-être car en 1790, on avait regroupé des paroisses issues d'anciens évêchés voisins, parfois sans respecter les anciennes limites linguistiques ou géographiques. Cela ne sera pas suivi d'effet.
Claude-René Bellanger (1768-1845)
Claude-René Bellanger , né au Faouët le 27 août 1768, chapelier de profession, commença sa carrière militaire comme volontaire dans la garde nationale du Faouët le 16 août 1791. Il participa pendant la période révolutionnaire avec le 1er bataillon du Morbihan à la désastreuse expédition à l’île de Saint-Domingue.
Promu chef de bataillon, il se distingue pendant le premier empire par sa bravoure lors du siège de Dantzig notamment : à la tête d'une centaine de soldats, le 4 septembre 1813, il force l'ennemi qui s'était emparé du poste de Schidlitz à abandonner sa conquête puis résiste à deux assauts successifs.
Ces faits d'arme lui vaudront le commandement de la place de Vannes et la croix de chevalier de la Légion d’honneur. Il quitte définitivement l'armée le 22 décembre 1814 puis sera nommé maire du Faouët en 1830 et restera à ce poste pendant six ans.
Il fait l'acquisition à l'âge de 73 ans d'une parcelle de terre sur le placître de la colline Sainte-Barbe, près du campanile qui abrite la cloche de la chapelle, et s'y fait construire un tombeau. Ce sera là sa dernière demeure après son décès survenu le 8 avril 1845.
Le Concordat de 1801
Sur le plan religieux, le Concordat de 1801entraîne le rattachement de la paroisse du Faouët au diocèse de Vannes, alors qu'elle appartenait auparavant à celui de Quimper. Ce concordat s'inscrit dans une période de réorganisation religieuse et d'apaisement après les troubles révolutionnaires.
Avec la suppression des districts et de leurs tribunaux, Le Faouët, devenu un simple chef-lieu de canton, perd progressivement de son importance régionale. Les communes de son ancien district doivent se résoudre à une « école très modeste » pour leurs enfants, loin de l'idée d'un grand collège comme celui de Pontivy.
Le commerce atlantique, ruiné par les guerres de la Révolution et de l'Empire, ne retrouve pas son importance antérieure même après la paix. La traite négrière, qui avait soutenu une partie de l'économie bretonne à la fin du XVIIIe siècle, est interdite après sa dénonciation par le Congrès de Vienne en 1815. Après la chute de Napoléon, la Bretagne, et le pays du Faouët, entrent dans une période de relative stabilité, propice au développement rural et à des changements sociaux graduels. La population du Faouët s'élève à 3 277 habitants en 1891. Dans le canton, la population rurale reste prédominante, bien que Le Faouët se distingue avec une partie de sa population vivant dans le bourg (moins de 20 % de population dans les bourgs hors Le Faouët dans le canton). Notons qu'entre 1829 et 1852, l'église voit la construction des bras du transept et de la sacristie sud. La présence continue des paysans dans les assemblées locales, encouragée par le Parlement de Bretagneau XVIIe siècle, les a amenés à acquérir des compétences administratives et de gestion des affaires de leur communauté. Les listes de notables communaux du début du XIXe siècle montrent la diversité des professions. Le maître Yves Le Cotillec (1820-1888) et son épouse Marie-Jeanne Le Calvez, de Langonnet, sont également mentionnés. Les obligations liées à l'entretien des routes, comme la corvée des grands chemins généralisée en 1738, perdurent au début du siècle, même si elles étaient mal acceptées par les paysans. Des travaux routiers sont attestés, par exemple, pour la route Le Faouët-Quimperlé en 1821, impliquant des familles soumises à des prestations en nature, en charrois, journées d'hommes et contributions financières. Pourtant l'arrivée du chemin de fer bouleverse l'économie bretonne plus tard dans le siècle (Paris-Brest 1865). Le commerce atlantique, ruiné par les guerres de la Révolution et de l'Empire, ne retrouve pas son importance antérieure au XIXe siècle. Le canal de Nantes à Brest, ouvert en 1838, joue un rôle économique important, empruntant notamment les gorges du Blavet entre Gouarec Les syndicats agricoles, comme celui du canton du Faouët créé en 1897, et ceux de Guiscriff et Meslan (1910 et 1913), jouaient un rôle croissant en fournissant engrais et instruments agricoles. La vaccination devient gratuite et obligatoire en 1902, mais son adoption dans le canton du Faouët est lente. La région abrite des forges (comme la forge Bodet à Guiscriff), des ateliers de charronnage comme celui de Jean Auffret en 1910, de menuiserie, de cordonnerie, de chapellerie, mégissier ou le sabotier.L'entreprise du tanneur Englier (1764) au Faouët est mentionnée. De nombreux moulins sont présents dans les communes (15 à Le Faouët : Barrigan, Berzen, Mur, Guel, Diarnelez, ainsi que le moulin à papier du Grand-Pont peint par Louis-Marie Le Leuxhe en 1869, 12 à Guiscriff). L'éducation se développe timidement et à l'école modeste existante (depuis 1791), en 1885, une école publique de garçons est ajoutée (NB : école secondaire à Gourin en 1849). Les Ursulines conservaient une école de jeunes filles, mais la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l'État entraîne leur expulsion. Le taux d'absentéisme atteint même 52 % pour le seul arrondissement de Pontivy ! Mais on peut le comprendre car les conditions d'enseignement sont difficiles, le nombre d'enfants par classe dépasse souvent largement les 50 élèves, la distance pour aller à l'école pouvait dépasser 15 km à pied et les enfants étaient une « main-d'œuvre gratuite ». La période voit l'émergence d'un tourisme naissant, avec la publication du premier guide touristique sur la région en 1845 et un syndicat d'initiative à Quimperlé en 1912.
De 1860 à 1920, Le Faouët devint l'un des principaux centres artistiques de la Bretagne intérieure, attirant de nombreux peintres séduits par la lumière, les costumes traditionnels et les paysages : Leur venue fut facilitée par l'arrivée du chemin de fer à Quimperlé en 1865, ville distante de 26 kilomètres, puis au Faouët même en 1906. Les artistes sont hébergés principalement dans les deux hôtels, Le Lion d'Or et La Croix d'Or, donnant sur la place des Halles. Ils immortalisent la vie du bourg. L'économie post-révolutionnaire
Les notables et les routes
Les transports restent lents et difficiles en Bretagne. Un marchand lorientais, faisant la contrebande du thé vers la Grande-Bretagne, dans les années 1790, décrit des conditions difficiles pour traverser les monts d'Arrée et qu'il fallait 9 jours pour rejoindre Morlaix.
Le canal de Nantes à Brest et l'agriculture
Malgré tout, la misère continue d'être une réalité dans les campagnes du Morbihan sous la Restauration, mais l'agriculture évolue : les charrues métalliques remplacent progressivement les anciens outils, la faux et la faucille dominent encore, mais le fléau pour le battage des céréales cède la place aux premières batteuses mécaniques au début du XXe siècle (indiquant une transition initiée au XIXe). Après 1850, il y a une mise en valeur des landes. Les pratiques culturales évoluent avec de nouvelles charrues et herses à dents métalliques. Des manèges à chevaux sont utilisés pour le battage, par exemple à Keranval, Le Faouët.
Artisanat et industrie locale
L'éducation : un défi majeur
Les inventaires des biens ecclésiastiques en 1906 provoquent des tensions, notamment dans cette région profondément catholique. Pourtant des efforts sont nécessaires car l'inspecteur d'académie déplore en 1907 le « mauvais classement du département dans l'instruction primaire » puisque le Morbihan est le dernier de France. 32 % des enfants scolarisables ne fréquentent aucune école en 1891.
Le tourisme naissant et l'essor artistique
L'école de Pont-Aven, où Gauguin fait école en 1886, attire les artistes. La faïence de Quimper commence à produire des assiettes à sujet « breton » à partir de 1878, contribuant à la folklorisation de la Bretagne. Le vêtement tend à s'uniformiser, bien que des « vieillards irréductibles » continuent de porter les costumes traditionnels.Le Faouët, centre artistique de la Bretagne intérieure (1860-1920)
Le Touring Club de Franceinstalle même un banc sur le plateau de Sainte-Barbe pour admirer la vallée de l'Ellé.
La mémoire de Marion du Faouët et les figures locales
La figure de Marion du Faouët, brigande du XVIIIe siècle (1717-1755), reste très présente dans la mémoire locale. Transmise via récits et légendes, elle était initialement dépeinte de manière négative (sorcière, croquemitaine) et restait « particulièrement vivace » et « abhorrée ».
En 1884, Julien Trévédy (1830-1908), alors président du tribunal civil de Quimper, publie la première étude historique sur Marion du Faouët dans le Bulletin de la Société Archéologique du Finistère. Son travail, basé sur des documents authentiques, cherchait à présenter Marion sous son « vrai jour », en opposition à la tradition populaire.
En 1907, François Cadic publie une gwerz (complainte) de Marion du Faouët, mentionnant le travail consciencieux de Julien Trévédy.
Puis, en 1908-1909, Jean Lorédan publie une étude qui devient la référence sur le sujet. Basée sur de nouveaux documents d'archives, son œuvre se veut débarrassée de la légende et replace Marion dans le contexte de la « grande misère » du XVIIIe siècle en Bretagne.
Laïcisation et évolution des transports
La période est fortement marquée par les politiques de laïcisation de la Troisième République, culminant avec la loi de Séparation des Églises et de l'État en 1905. Les lois antérieures visant les "congrégations" conduisent notamment à l'expulsion de celles-ci autour de 1902. Les Ursulines du Faouët, qui avaient racheté leurs bâtiments après la Révolution et continuaient d'y instruire les jeunes filles en 1891, sont directement concernées par ces expulsions. La résistance aux inventaires des biens d'église en 1906 a été particulièrement marquée dans certaines zones du Morbihan, suggérant que Le Faouët, en tant que commune bretonne rurale réputée pour sa religiosité, a probablement connu des tensions liées à ces événements.
Les Ursulines du Faouët, qui avaient racheté leurs bâtiments après la Révolution et continuaient d'y instruire les jeunes filles, sont directement concernées par ces expulsions. Le 11 février 1907, elles sont expulsées de leur couvent. Dès 1909, l'évêque de Vannes se rend acquéreur de l'édifice pour y installer un collège, jusqu'au retour des Ursulines en 1921. Ces dernières vont poursuivre leur tâche éducative au Faouët jusqu'en 1936, reléguées ensuite dans cette mission par les sœurs de Kermaria jusqu'à la fermeture définitive de l'établissement en 1982 (racheté par la ville en 1987)
D'autres figures locales de la fin du siècle sont documentées, comme la famille de bouchers Le Bouar, « vieille famille locale » du Faouët. Eugénie Le Bouar, née au Faouët en 1850, épouse Louis Marie en 1871. Leurs vies, notamment la gestion d'un comptoir et bazar, sont liées à la ville, avec des événements publics qui attiraient la foule en 1879 et 1896. En 1901, à la suite du décès de Louis Marie, sa veuve est contrainte de louer la moitié de la surface commerciale de son bazar, donnant un aperçu des réalités économiques des familles commerçantes locales.
La Comtesse du Laz publie une notice historique sur la Baronnie du Faouët en 1892, abordant notamment l'histoire du château. L. Léna est mentionné comme un historiographe local. Vers cette époque, le breton est souvent décrié, voici ce qu'écrit l’inspecteur Irénée Carré en 1891 : « Le jeune Breton, jusqu’au moment où il commence à apprendre le français à l’école, ne donne absolument aucun signe d’intelligence. […] il faut le faire sortir de lui-même, de son pays, lui élargir les idées, le franciser en mot »
Le canton du Faouët avait une population significative au début du siècle, avec 3 702 habitants pour la commune du Faouët en 1901. Le développement des transports en commun, comme les services d'autobus Le Faouët-Quimperlé dans les années 1920-1930 et le début de l'électrification, transforment le quotidien. Les techniques agricoles continuent leur développement : batteuses à vapeur qui se développent depuis 1880, machines à traire avec pulsateur à partir de 1895 environ.
Le train améliorera ses conditions de voyage !
Priziac
Population : 2 510 hab. (1891) → 3 007 hab. (1911) → 1 020 hab. (aujourd'hui)
Priziac est un cas notable de commune votant massivement pour les conservateurs lors des élections législatives de 1902. Contrairement à d'autres, l'on dit que son église n'a pas de flèche, symbolisé par l'expression moqueuse « Prijag a-blad ».
Parmi les figures locales, citons l'abbé Jean-Vincent Le Gohébel, recteur de Priziac de 1912 à 1925, qui a mené de longues et patientes recherches sur l'histoire locale. On cite aussi le menuisier Henri Letellier, la fabrique artisanale de cuisine de Laurent Le Bail, le manoir du Dréorz, l'auberge du Cheval-Blanc et la chapelle Saint-Yves, reconstruite en 1881 grâce au don de Charlotte Anne Sophie Harrington.
Meslan
Population : 2 022 hab. (1891) → 2 553 hab. (1926) → 1 450 hab. (aujourd'hui)
Meslan, comme Priziac et Berné, vote massivement pour les conservateurs. Pourtant, il y a des contestations : on dit que les habitants de Berné, Lignol et Langonnet fixaient le prix de la journée de travail à vingt sols, tandis que Meslan la fixait à dix sols ! Une usine de kaolins s'y développe.
L'ouverture en 1906 de deux lignes à voie métrique (Pontivy-Meslan et Plouay-Gourin via Meslan) dynamise les échanges agricoles. Citons les personnages notables : Monseigneur Mathurin Picarda (1845-1889), figure ecclésiastique notable, natif de Meslan, missionnaire, évêque titulaire de Paphos (Chypre) et vicaire apostolique de la Sénégambie, premier grand nom religieux exporté hors de Bretagne.
On note aussi la menuiserie Ihuellou active dans les années 1930, l'élagage de Vincent Le Guern, la boucherie Jean Le Bec, et le moulin de Kervelen avec son tablier métallique inauguré en 1890, permettant une communication directe entre Lanvénégen et Meslan. Le château de Boblaye s'enorgueillit de la construction d'un nouveau « château » au XIXe siècle, près de l'ancien manoir. Rappelons enfin l'incendie du village de Kervelen en 1909 (14 bâtiments détruits) et des actes de sabotage sur les lignes de chemin de fer en 1912.
Berné
Population : 1 904 hab. (1891) → 2 030 hab. (1911) → 1 500 hab. (aujourd'hui)
Une école publique de garçons ouvre dès 1885, puis une école de filles à la mairie, illustrant la diffusion des lois scolaires obligatoires et laïques de la IIIe République. Les vestiges du château féodal de Pontcallec subsistent. On cite la menuiserie Duclos frères et la carrière de pierre de Georges-Jacky Couzic. C'est le début de la construction de la chapelle du Sacré-Cœur en 1905.
Lanvénégen
Population : 2 234 hab. (1891) → 2 790 hab. (1926) → 1 130 hab. (aujourd'hui)
Lanvénégen est la seule commune de la région du Faouët à être franchement républicaine. Le manoir de Saint-Quijeau, propriété des Botdéru jusqu'en 1843, est acquis par la famille Gallic en 1899 et transformé en manoir-ferme. Le manoir de Rosangat est acheté en 1860 par Eugène Morin, recteur d'académie à Rennes. Le Pont-Neuf est inauguré en 1913, reliant la Croix-Keroual (Lanvénégen) au bourg du Faouët.
12 moulins sont mentionnés, dont le moulin à eau de la Trinité, de Pont-Ledan, de Villeneuve, du Rest, de Lescrant. Les frères Cotillec de Lanvénégen sont connus pour leurs binious et bombardes.
Guiscriff
Population : 2 668 hab. (1790) → 4 330 hab. (1891) → 5 896 hab. (1921) → 2 050 hab. (aujourd'hui)
Guiscriff abrite le château de Kerandraon, construit en 1853 par Joseph Bigot, dont le comte Hervé de Saint-Pierre (1887-1953) devient le nouveau propriétaire. 12 moulins sont cités, dont ceux de Pontbriand, du Dourdu, de Kervelaouen, Milin-Coz, Neuf, de Ty-Guélen, de Quelvite, Buoux et du Grand-Launay. Le calvaire de l'enclos paroissial est béni en 1880. Les pompiers de Guiscriff sont très actifs.
Construction des écoles publiques : garçons à partir de 1854, filles dès 1873. La voie ferrée de Carhaix à Rosporden arrive en 1896.
Langonnet
Population : 3 666 hab. (1891) → 4 848 hab. (1931) → 1 850 hab. (aujourd'hui)
L'abbaye de Langonnet, dont les bâtiments ont été reconstruits entre 1650 et 1780, est fortement dégradée par la Révolution. Elle sera restaurée lors de sa transformation en premier haras public de Bretagne le 10 juin 1806 (avec quarante étalons et dix poulinières) par Napoléon. Elle est restituée aux « Missionnaires du Saint Esprit» et retrouve sa vocation religieuse en 1856. L'église de l'abbaye, terminée en 1788, avait été transformée en écurie.
En 1856, dans la ferme de Kermainguy et la forêt de Langonnet, les missionnaires créent une colonie agricole pour enfants afin d'y placer une partie des enfants trouvés (abandonnés dans les hospices peu après leur naissance) du département. Plus tard, ceci fut converti en colonie pénitentiaire (500 jeunes détenus), puis en l'école professionnelle Saint-Michel sur la commune de Priziac.
Le Keraudrenic à Langonnet à Langonnet, propriété de M. de Narjac jusqu'en 1844, est acquis par Louis Michel en 1880, et le manoir est construit entre 1893 et 1897. Le manoir de Kermain, propriété des Lopriac jusqu'à la Révolution, est converti en exploitation agricole au XIXe siècle. La ligne de chemin de fer Lorient-Plouay-Gourin (construite en 1885) y voit une gare à partir de 1911. Langonnet a eu une école Sainte-Jeanne-d'Arc au début du XXe siècle, un bureau de poste dès 1904 avec le télégraphe municipal (1908).
De l'arrêt brutal du temps en 1914 aux mutations profondes de l'entre-deux-guerres : exode rural, modernisation agricole, essor des loisirs et laïcisation de la société. Le Faouët et son canton entrent dans la modernité du XXe siècle.
La Première Guerre mondiale (1914-1918)
L'année 1914 marqua un arrêt brutal du temps en Bretagne, comme dans toute la France. La reconversion à l'économie de guerre affecta profondément les campagnes. Le départ des hommes et des chevaux au front désorganisa le travail des champs, laissant aux femmes et aux enfants la lourde tâche de prendre le relais. Elle accélère la francisation des campagnes et voit se développer une compétition mémorielle autour du sacrifice des soldats bretons. Le pourcentage de pertes à la guerre de 10,6 % en Bretagne est proche des autres régions (contrairement à une idée répandue).
Le nombre de tués s'élève à 165 pour la seule commune du Faouët et 922 pour l'ensemble du canton. Un chiffre élevé qui s'explique par une population très jeune et constituée majoritairement de paysans affectés de préférence dans les régiments d'infanterie de l'Armée de terre.
Corentin-Jean Carré : le plus jeune poilu de France
Né le 9 janvier 1900, il s'engage volontairement à 15 ans, le 27 avril 1915, sous un faux nom (Duthuit, originaire des Ardennes) au 410e régiment d'infanterie. Il devance l'appel en mentant sur son âge. Il mourut après avoir été abattu lors d'un combat aérien au-dessus de Verdun le 18 mars 1918.
D'autres exemples illustrent le tribut payé par ces communes :
- Louis Février (Guiscriff) : tué à Douaumont.
- Louis Le Goff (Langonnet) : blessé et fait prisonnier à Rossignol en août 1914, interné en Allemagne puis transféré en Suisse.
- Jean Le Goff (Le Faouët) : tué le 8 janvier 1916 à Mourmelon.
- Jean-Louis Le Breton (Priziac) : blessé lors de la reprise du fort de Douaumont (oct. 1916) et amputé du poignet. Reçoit la médaille militaire à Priziac en décembre 1917.
La guerre entraîna des pénuries généralisées (main-d'œuvre, machines, pain, sucre) conduisant au rationnement. L'hiver 1917-1918 fut particulièrement rigoureux. La grippe espagnole sévit également, faisant des ravages (presque 20 000 morts en Bretagne).
Un rapport du médecin-major Malloizel en août 1918 détailla l’ampleur de l’épidémie dans la commune de Ploemel et ses environs, une situation similaire a eu lieu dans les communes du canton du Faouët.
Solidarité, tragédies et figures locales
Face aux difficultés, la solidarité s'organisa. Les enfants furent mobilisés pour des tâches agricoles (ramassage de châtaignes, culture de pommes de terre) et des collectes. Les fillettes tricotaient chaussettes et cache-nez. Les comités de secours aux prisonniers de guerre œuvraient pour aider les familles.
Incendies et faits divers
Dans la nuit du 26 au 27 août 1917, l'église du Faouët. fut ravagée par un incendie À la suite de cette tragédie, les hauts murs, le chœur, les sacristies et la voûte sont totalement reconstruits de 1924 à 1927 ; seuls le clocher et la tour-porche d'origine subsistent. La mairie et l'école des filles de Lanvénégen furent également détruites par un incendie le 9 avril 1918.
Les années 1920 voient des faits divers notables : un crime à Meslan en 1925 durant la foire de Saint-Patern où un marchand forain a tiré sur un jeune conscrit de la classe 1925 nommé Joseph Perron, et un autre crime crapuleux au village de Triguirizit en 1929.
Figures culturelles et religieuses
- François-Louis-Marie Kervéadou : né à Guiscriff en 1910, ui entre au petit séminaire en 1922 et est ordonné prêtre en 1934, illustrant la continuité des vocations religieuses dans le secteur.
- Maurice Renders, : peintre antiquaire renommé, décédé au Faouët en 1927.
- Joseph Fréjon : originaire du Faouët, avocat honoraire, poète et folkloriste.
- Fanch Jaffrennou et la revue Ar Falz (1933) : militants pour l'enseignement du breton, prémices de mouvements culturels futurs.
- La Société Polymathique du Morbihan continue ses activités et publications, contribuant à l'érudition locale et régionale.
La fin de la Grande Guerre, avec la « Fête des poilus vainqueurs » le 22 septembre 1919, ouvrit une nouvelle ère. Le traumatisme de 1914-1918 éclipsa les mémoires précédentes, et les monuments aux morts commencèrent à être érigés dans chaque commune.
L'entre-deux-guerres : modernisation et exode rural
Les premières décennies voient une amélioration des conditions de vie : l'électrification (construction du barrage de Guerlédan en 1923, sachant que Le Faouët expérimente l'éclairage public dès 1885), l'apparition de nouvelles industries. Mais cela s'accompagne de mutations sociales : divorces, suicides et premiers accidents automobiles (premier cité au Gohlen en 1937).
Un exode rural massif
L'exode rural, amorcé avant la guerre, s'intensifie : de 1900 à 1970, un quart des Bretons partent (250 000 Finistériens et 180 000 Morbihannais). En 1938, l'arrondissement de Pontivy voit 1 500 départs saisonniers vers la Beauce (fenaison, moisson), dont 400 pour la seule commune de Guiscriff. Une autre filière d'émigration apparaît vers les îles anglo-normandes (Jersey, Guernesey). En ville, les migrants trouvent des emplois dans le bâtiment, l'automobile, les chemins de fer ou comme domestiques.
L'émigration outre-Atlantique est aussi très présente : dès 1905, la Compagnie Générale Transatlantique ouvre une agence à Gourin et Roudouallec. La population en 1921 de nos communes atteint des sommets historiques :
- Guiscriff : 5 380 hab.
- Langonnet : 4 450 hab.
- Le Faouët : 3 702 hab.
- Priziac : 3 007 hab.
- Lanvénégen : 2 715 hab.
- Meslan : 2 470 hab.
- Le Saint : 2 159 hab.
- Berné : 2 030 hab.
Économie, artisanat et vie quotidienne
L'usine des Kaolins (limite Guiscriff/Lanvénégen), créée en 1931, extrait Du kaolin était extrait d'une carrière partiellement noyée située à Kerhouriou, l'argile blanche, la malaxait, séchait en galettes, puis l’expédiait par la gare de Guiscriff pour divers usages, notamment la fabrication de porcelaine, avant de disparaître en 1960. L'abattoir municipal du Faouët est inauguré en avril 1937, tout comme un dispensaire offrant des consultations cliniques et radioscopiques.
Un artisanat foisonnant
- Fabriques de sabots : Louis Le Laing à Priziac.
- Menuiseries : Ihuellou à Meslan.
- Maréchaux-ferrants : Joseph Perron à Meslan (vers 1925).
- Charronnage : Famille Samedy, Jean Auffret au Faouët (1910).
- Taille de pierre : Lépinard au Faouët (réalise une statue de la Victoire de 2 000 kg pour Lorient).
Le nombre de cabarets est impressionnant : Le Faouët en compte 93 en 1900, dont 74 pour le seul bourg ! Le café commence à remplacer la soupe du matin, et le pain blanc gagne du terrain sur le pain de seigle.
La Caisse locale du Crédit agricole à Guiscriff est gérée de 1904 à 1936 par Joseph Digabel. La Compagnie des sapeurs-pompiers du Faouët est documentée en 1926 avec deux pompes à bras. Le pont du Quilliou est déplacé en aval pour remédier aux crues. Dans le village de Locmaria (Guiscriff), une école ouvre en 1930 (fermée en 1966).
Arts, sports et loisirs
Des photographes et des peintres continuent de visiter la région, charmés par ses paysages et sa « rusticité ». Leurs œuvres offrent un précieux témoignage de la ruralité locale :
- Arthur Midy (1877 Saint-Quentin-1944 Le Faouët) : peint la chapelle St Fiacre, les Halles, Le Grand-Pont au Faouët...et offre le tableau de l’Assomption à l'église du Faouët, inspiré de Prud’hon, en 1932.
- Charles Rivière (1848-1920) : peint St Fiacre, la Place Bellanger.
- Philippe Tassier (1873-1947) et Fernand Cadoret (1855-1918) : centaines de clichés photographiques.
L'essor du sport et du vélo
Le vélo connait un engouement croissant : le « Véloce-club faouétais » organise des épreuves avec des coureurs comme Ferdinand Kerhulu (Le Faouët) et Alphonse Guillemot (Langonnet).
Les courses hippiques sont très populaires. En 1937, une Société hippique rurale est fondée à Carhaix, incitant Charles Michel, maire de Langonnet, à créer une société similaire. À partir de 1935, Le Faouët accueille le concours-épreuve chevalin annuel de tout le canton.
Vie municipale et laïcisation de la société
La vie locale est rythmée par des figures municipales de long cours :
- Joseph Fortune : maire du Faouët (1900-1912, puis 1919-1924) et conseiller général.
- Mathurin Le Roy : maire de Meslan de 1904 à 1941.
- Yves-Jean Le Guilchet : maire de Lanvénégen (1869-1896), suivi d'Yves Le Guilchet jusqu'en 1935.
L'autobus d'Yves Saindrenan (vers 1926-1927) et le train (très prisé pour le pèlerinage à Sainte-Barbe ou Sainte-Anne-d'Auray) désenclavent le territoire. Les années 1930 voient l'émergence des sociétés de chasse et de pêche (« Miné-Bibon » à Guiscriff, « Gaule faouétaise »), soucieuses de la protection du gibier et de la répression du braconnage.
Des patronages aux "fêtes locales"
La laïcisation de la société se manifeste par la transformation des fêtes patronales en « fêtes locales », intégrant des épreuves sportives, du tir à la carabine et des prestations musicales (fanfares du Saint, Guiscriff, Le Faouët, Berné).
Une nouveauté marquante est l'introduction des bals avec « orchestres de jazz » clôturant la fête, succédant aux danses traditionnelles au biniou... Un véritable basculement culturel qui accompagne la modernisation des campagnes bretonnes.
Ainsi s'achève cette exploration du XXe siècle naissant. Le Faouët et ses environs, tout en préservant leur âme profonde et leurs traditions (Gouren, pardons, langue bretonne), entrent de plain-pied dans la modernité, marquée par les deux guerres mondiales, l'exode rural et les mutations sociales et culturelles.

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